mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2401466 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | DOOKHY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2024, M. D A, représenté par Me Dookhy, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Il soutient que :
-les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;
-les décisions sont entachées d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;
-elles ont été prises au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, a été méconnu ;
-les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Weidenfeld a lu son rapport, en l'absence des parties.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 18 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A, ressortissant bangladais né le 10 octobre 1990 et entré en France le 25 août 2015 selon ses déclarations, à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par arrêté n°2023-3625 en date du 27 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, M. B C a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet notamment de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des étrangers et des naturalisations, les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ, fixant le pays de destination et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné par les services de police le 18 janvier 2024 et n'établit, ni même n'allègue, qu'il aurait, à cette occasion, été empêché de porter des informations à la connaissance de l'administration qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions attaquées. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu doit être écarté.
6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 611-1, L.612-2 et L.612-6, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, notamment à la circonstance qu'entré irrégulièrement en France le 25 août 2015, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, à sa durée de présence sur le territoire français et à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France ainsi qu'à la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, édictée le 14 mai 2020, par le préfet des Yvelines. Par suite, l'ensemble des décisions attaquées comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné sa situation. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir qu'il risque d'être exposé en cas de retour dans son pays d'origine, à des persécutions, en raison de sa mise en cause par des adversaires de son père, cette allégation n'est assortie d'aucune preuve permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
8. En cinquième lieu, M. A ne justifie d'aucune insertion personnelle, familiale ou professionnelle sur le territoire français. Par ailleurs, il est constant qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, édictée le 14 mai 2020 par le préfet des Yvelines. Par suite, et alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
9. Enfin, la seule circonstance que le requérant réside en France depuis plusieurs années n'est pas de nature à démontrer que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, ce moyen, qui n'est assorti d'aucune précision, doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E:
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées en leur surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La magistrate désignée,
K. Weidenfeld Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240466/6-1