mercredi 6 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405004 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | GOEAU-BRISSONNIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er mars 2024, M. A B, représenté par Me Goeau-Brisonnière, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de police de procéder au renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros qui sera versée à son conseil, Me Goeau-Brisonnière en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou qui lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence caractérisée est remplie car le refus de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour l'empêche de travailler, ce refus risque de lui faire perdre le bénéfice de son hébergement à compter du 1er mars 2024 et l'empêche de percevoir les aides auxquelles il est éligible ;
- ce faisant, le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'adresse postale déclarée par M. B sur son attestation de prolongation d'instruction (API) est située à Aubervilliers, l'API lui a donc été délivrée par le préfet de la Seine-Saint-Denis, auprès duquel sa demande de titre de séjour est en cours d'instruction, et non par le préfet de police ;
- l'intéressé se borne à déclarer dans sa requête une adresse au 10 rue du buisson Saint-Louis dans le 10ème arrondissement de Paris, sans apporter de justificatif de domicile ni démontrer qu'il aurait informé la préfecture de police ni même qu'il aurait déposé une demande de changement sur l'ANEF établissant que la préfecture de police serait désormais compétente pour instruire sa demande de titre de séjour ;
- l'intéressé peut se prévaloir, dans l'attente de l'instruction de sa demande de titre de séjour par la préfecture territorialement compétente, des droits que lui confère la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 avril 2023 lui ayant accordé la protection subsidiaire, de sorte qu'il ne justifie pas d'une urgence particulière nécessitant l'intervention du juge des référés dans les
48 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Heeralall, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
En ce qui concerne l'urgence :
3. Aux termes de l'article R. 431-15-4 du CESEDA : " Pour l'application de l'article L. 424-10, dès que le bénéfice de la protection subsidiaire lui est reconnue, l'étranger est informé des modalités lui permettant d'accéder au téléservice mentionné à l'article R. 431-2 afin qu'il souscrive une demande de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée à l'article L. 424-9. Dès la souscription de cette demande, une attestation de prolongation d'instruction de sa demande mentionnée au deuxième alinéa de l'article R. 431-15-1, d'une durée de six mois renouvelable, est mise à sa disposition par le préfet au moyen de ce téléservice. Cette attestation porte la mention " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire ". Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise et lui confère le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10 ".
4. Il ressort des pièces soumises au juge des référés que M. A B a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 avril 2023. L'attestation de prolongation d'instruction (API) de sa demande de titre de séjour qui lui a été délivrée le 15 avril 2023 lui permet de justifier de la régularité de son séjour en France entre le 15 mai 2023 et le 14 novembre 2023 et lui permet d'exercer une activité sur le territoire métropolitain conformément aux articles L. 414-10 et R. 431-15-4 du CESEDA. Il suit de là qu'en l'absence de renouvellement de cette API, l'intéressé ne dispose plus d'un document de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle en France, nonobstant l'octroi de la protection subsidiaire. Il verse en outre un courrier du 26 février 2024 de l'association d'assistance scolaire linguistique et culturelle (ASLC) lui indiquant que faute de renouvellement de son API, cette association ne peut pas renouveler son hébergement au sein de sa structure, ainsi qu'une attestation de la mission locale de Paris du 27 février 2024 indiquant que faute de renouvellement de son API, il ne peut percevoir aucune allocation PACEA (parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie), ni CEJ (contrat d'engagement jeune), ni d'aide du FAJP (Fonds d'aide aux jeunes parisiens), alors qu'il est actuellement sans ressource. Dès lors, la condition d'urgence caractérisée doit être regardée comme étant remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article L. 424-9 du CESEDA : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. " L'article R. 424-7 du même code dispose : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 ou L. 424-11 dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () ".
6. Comme il a été dit au point 4, M. B, de nationalité tchadienne, né le 5 avril 2004,
a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la CNDA du 27 avril 2023. En vertu des dispositions précitées, il bénéficie de plein droit de la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle, qui doit lui être délivrée dans un délai de trois mois par le préfet territorialement compétent. Il suit de là que si cette carte de séjour pluriannuelle ne lui a pas été délivrée dans les trois mois, M. B a, en tout état de cause, droit au renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction de sa demande après en avoir fait la demande au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du CESEDA.
7. Il ressort des pièces soumises au juge des référés que M. B justifie, par les mails qu'il verse au dossier, avoir saisi ce téléservice et avoir reçu, le 30 novembre 2023, un courriel de " dgef-support-2@interieur. gouv.fr " émanant de l'ANTS (agence nationale des titres sécurisés) lui indiquant que sa demande était en cours de traitement et l'invitant à suivre son évolution depuis son compte ANEF (administration numérique pour les étrangers en France). Il a renouvelé sa demande le 8 décembre 2023 et a reçu un message généré automatiquement émanant de l'adresse " ne-pas-répondre-aef-dgef@intérieur.gouv.fr ". Si le préfet de police soutient que M. B habitait en Seine-Saint-Denis lorsqu'il a reçu son API, un an auparavant, le 15 avril 2023, il ressort des pièces soumises au juge des référés qu'il est actuellement hébergé chez l'ASLC au 10 rue du Buisson Saint-Louis à Paris. Il suit de là qu'en l'état de l'instruction, le préfet de police est bien compétent pour lui délivrer un renouvellement de son API, alors, en tout état de cause, que cette API ne comporte le timbre d'aucune préfecture en particulier, seulement le " ministère de l'intérieur et des outre-mer ".
8. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. B pouvant prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour pluriannuel en tant que bénéficiaire de la protection subsidiaire et le délai de trois mois imparti par les textes étant dépassé, en refusant de lui renouveler son API lui permettant d'exercer une activité professionnelle, l'autorité administrative a porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il y a donc lieu de faire droit à la demande de M. B et d'enjoindre au préfet de police ou à toute autorité administrative territorialement compétente, de lui délivrer le renouvellement de son API, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 500 euros à verser à Me Goeau-Brisonnière, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à toute autorité administrative territorialement compétente, de délivrer à M. A B le renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 500 euros à Me Fabien Goeau-Brissonnière au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outer-mer et à Me Fabien Goeau-Brissonnière.
Copie en sera adresse au préfet de police
Fait à Paris, le 6 mars 2024.
La juge des référés,
A. C
La République mande et ordonne préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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