jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405637 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | GALINDO SOTO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 10 et 11 mars 2024, M. A D, représenté par Me Galindo Soto, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 6 mars 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'arrêté du même jour prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, plus généralement de l'admettre au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue de démarches auprès de l'autorité administrative compétente, dans un délai de deux jours et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière ; son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ; il n'a pas été mis en mesure de communiquer des éléments relatifs à sa vie privée et familiale au cours de sa garde à vue :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle n'est pas intervenue après un examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Roux, vice-présidente de section, en application du I de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en l'absence des parties, après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions des articles R. 776-13-2 et R.776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant algérien né le 31 janvier 1985, est entré en France en 2022 selon ses déclarations. Par un arrêté du 6 mars 2024, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre, par un arrêté distinct du même jour, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. M. D demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition du 5 mars 2024, que M. D a été entendu sur ses conditions de séjour et sur la perspective d'un éloignement préalablement à l'édiction de la mesure contestée. Il a également précisé avoir des frères et une sœur résidant en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure de communiquer des éléments relatifs à sa vie privée et familiale au cours de sa garde à vue. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de l'intéressé à être entendu doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier et notamment des déclarations de M. D qui figurent dans le procès-verbal d'audition du 5 mars 2024 que l'intéressé est entré en France il y a environ deux ans, qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'exerce aucune profession déclarée. S'il fait valoir qu'il s'est marié à Mme C B le 11 juillet 2022 et qu'il contribue à l'entretien de l'enfant de cette dernière, il ne l'établit par aucune pièce, alors qu'au contraire, il ressort des déclarations de Mme B, auditionnée le 9 décembre 2023 que le couple s'est séparé, après un signalement de faits de violences sur conjoint. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D. La circonstance alléguée que le préfet de police n'aurait pas pris en compte l'impossibilité pour le requérant de produire une copie de son livret de famille lors de son audition est sans incidence sur la légalité de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
12. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police a relevé que le comportement du requérant avait été signalé par les services de police le 5 mars 2024 pour des faits de séquestration, vol en réunion dans un local d'habitation précédé de violences ayant entraîné 45 jours d'interruption temporaire de travail et escroquerie commis le 26 octobre 2023, que M. D ne pouvait justifier ni être entré régulièrement sur le territoire français, ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes en l'absence de présentation de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, le requérant, qui se borne à faire valoir qu'il n'a fait l'objet que d'une condamnation, n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur d'appréciation.
13. Pour les raisons invoquées au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. En l'espèce, M. D, qui se borne à faire valoir qu'il ne dispose plus d'attaches en Algérie, ne produit à l'appui de sa requête aucun élément probant de nature à attester qu'il encourt actuellement et personnellement des risques en cas de retour dans ce pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, si M. D soutient que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, la décision du 6 mars 2024 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois n'a pas été édictée sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
18. Pour fixer à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de police a considéré que M. D représentait une menace pour l'ordre public, l'intéressé ayant été interpellé le 5 mars 2024 pour séquestration, vol en réunion dans un local d'habitation précédé de violences ayant entraîné 45 jours d'interruption temporaire de travail et escroquerie, faits pour lesquels il a, au demeurant, été condamné à une peine de 18 mois d'emprisonnement le 6 mars 2024. Le préfet de police a, également, relevé que le requérant soutenait être entré sur le territoire français il y a deux ans, qu'il s'est déclaré célibataire et sans enfant et ne pouvait se prévaloir de ce fait de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. Il précise enfin que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Si le requérant allègue que le gouvernement de son pays d'origine refuse qu'il retourne en Algérie, ce qu'il n'établit par aucune pièce, la décision contestée a seulement pour effet de lui interdire de revenir sur le territoire français pendant une durée déterminée. Par suite, M. D, qui ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation.
19. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police 6 mars 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Galindo Soto et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
La vice-présidente de la 4ème section désignée,
M.-O. LE ROUX
La greffière,
I. TRIESTE
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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