lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2405844 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | CABINET ABEL |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 12 mars 2024, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. C, enregistrée le 6 mars 2024.
Par cette requête, enregistrée le 12 mars 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. A C, domicilié 29 rue Cambacérès, 75014 Paris, représenté par Me Abel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 mars 2024, par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour :
- Ces décisions sont illégales en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
Vu l'arrêté attaqué ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- la loi du10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président du Tribunal a désigné Mme Hnatkiw en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
A été entendu, au cours de l'audience publique du 2 avril 2024 :
- le rapport de Mme Hnatkiw ;
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, a fait l'objet d'un arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. L 'arrêté litigieux a été signé par Mme D B, directrice de la citoyenneté et de la légalité, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 6 février 2024 pris par le préfet du Puy-de-Dôme, d'une délégation à l'effet de signer " tous actes administratifs () relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de la direction de la citoyenneté et de la légalité ". Par suite, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte contesté, qui manque en fait, doit être écarté.
3. L'arrêté en litige visent, en droit, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé pour les prendre. En fait, ces décisions mentionnent les raisons pour lesquelles le préfet a estimé qu'il pouvait obliger M. C à quitter le territoire français sans délai, fixer son pays de destination et l'interdire de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions prises à son encontre le 4 mars 2024 sont insuffisamment motivées en droit et en fait.
4. Il ressort de la motivation même de l'arrêté que le préfet du Puy-de-Dôme s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée.
7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, est entré en France en août 2020. Il est célibataire et sans charge de famille en France et n'établit ni l'intensité des liens qu'il aurait tissés en France, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. C.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
11. Pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les circonstances qu'il avait déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes compte tenu de ce qu'il n'avait pas été en mesure de produire un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Ainsi, le préfet du Puy-de-Dôme a pu regarder comme établi le risque que M. C se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français justifiant qu'il ne lui soit pas accordé de délai de départ volontaire.
Sur le moyen relatif à la légalité de la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
Sur les moyens relatifs à l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au Préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.
La magistrate désignée,
C. HNATKIWLa greffière,
A. DEPOUSIER
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2405844/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024