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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2406154

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2406154

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2406154
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2024 et un mémoire enregistré le 21 juin 2024, M. A B, représenté par Me Victor, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 9 février 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, s'il n'était pas admis à l'aide juridictionnelle, à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées de l'incompétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions sur sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- elles sont entachées d'illégalité, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 15 avril 2024, M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions dans cette affaire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,

- et les observations de Me Bechieau, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 5 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 31 décembre 2004 à Touba, a demandé un titre de séjour le 9 avril 2023 au titre des dispositions des articles L. 423-22 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Par une décision du 15 avril 2024, M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui soutient être arrivé en France en 2020, a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de 16 ans et l'âge de 18 ans, par un jugement du 26 avril 2021. Il ressort en outre de l'avis émis par sa structure d'accueil sur son insertion dans la société française que celle-ci souligne ses efforts d'insertion dans la société française, en particulier son investissement dans sa formation et son autonomie. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait des liens étroits avec sa famille restée dans son pays d'origine. Il ressort enfin des pièces du dossier qu'il a été scolarisé en classe de seconde au cours de l'année 2021-2022, puis en première année de CAP " Jardinier - paysagiste " au cours des années scolaires 2022-2023 et 2023-2024. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que ses résultats irréguliers révèlent un manque de motivation et d'investissement, et que l'intéressé ne justifiait donc pas de son assiduité et du sérieux des études suivies. Toutefois, s'il ressort des bulletins de notes de l'intéressé au titre des premier et second semestres de l'année scolaire 2022-2023, puis du premier semestre de l'année 2023-2024, qu'il a connu des difficultés dans certaines matières et que ses enseignants font état d'absences répétées, il en ressort également qu'il a effectivement suivi sa formation, que plusieurs de ses enseignants soulignent son sérieux et le caractère satisfaisant de ses résultats. En outre, son maître d'apprentissage fait état, dans un courrier produit par le requérant, de la qualité de son travail et de son intention de l'embaucher à l'issue de son apprentissage. Dans ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du préfet de police portant refus de titre de séjour du 9 février 2024 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision d'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet territorialement compétent délivre au requérant un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 100 euros à verser à Me Victor au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 9 février 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français pour une durée de trente jours et fixant le pays de renvoi est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Victor une somme de 1 100 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Victor et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

B. ARNAUD

Le président,

C. FOUASSIERLa greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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