mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2406184 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | KADOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mars 2024, Mme D B, représentée par ses parents M. E B et Mme C A, ayant pour avocat Me Kadoch, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 11 mars 2024 refusant de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de la demande d'asile de Mme D B dans un délai de 48 heures sous astreinte de 100 euros par jour retard ;
4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de prendre les mesures nécessaires, afin que les conditions matérielles d'accueil soient octroyées au requérant, ou à défaut, d'enjoindre au réexamen de sa demande sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En cas de refus de l'aide juridictionnelle, cette somme sera directement versée à Mme D B.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence propre à l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie dès lors que la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la place dans une situation incompatible avec l'autonomie et la dignité qui doivent être assurées pour les demandeurs d'asile, dès lors que ses parents n'ont aucune ressource ;
- tant le refus du préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile que le refus de l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil portent une atteinte grave et manifestement illégale au principe de dignité de la personne humaine, à son droit à l'asile, à l'exigence de protection de l'intérêt supérieur de l'enfant et à son droit à ne pas subir un traitement dégradant, en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque, notamment, la condition d'urgence n'est pas remplie.
4. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence particulière qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cette disposition soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise à très bref délai.
5. Mme B, née en France le 17 octobre 2023 et représentée par ses parents, a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès de la préfecture de police le 26 février 2024. Par un courrier de la même date, le préfet de police lui a indiqué qu'en vertu des dispositions de l'article 20-3 du règlement Dublin, sa demande relevait de la responsabilité de l'Etat membre responsable de la demande de protection internationale du membre de la famille duquel elle est indissociable, et qu'il lui fallait adresser sa demande à la préfecture des Hauts-de-Seine. Le 11 mars 2024, la préfecture des Hauts-de-Seine a enregistré sa demande d'asile et lui a remis une attestation. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié un refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil.
6. Pour justifier l'urgence de sa situation, la requérante, représentée par ses parents, soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle est placée dans une situation incompatible avec l'autonomie et la dignité qui doit être assurée pour les demandeurs d'asile dès lors qu'elle et ses parents ne disposent d'aucune ressource. Toutefois, aucune pièce n'est apportée pour soutenir ces allégations et apporter des précisions sur leurs conditions de vie, notamment des attestations des organismes suivant les intéressés, alors qu'il ressort des propres termes de la requête que les parents résident depuis plusieurs années en France et que la famille est hébergée auprès du Secours populaire. En outre, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme B a bien été enregistrée auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine le 11 mars 2024.
7. Par suite, et alors qu'il appartient à la requérante, dès sa requête, de fournir les éléments permettant au juge d'apprécier concrètement les effets des décisions en litige sur sa situation, la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour obtenir une décision dans un délai de quarante-huit heures ne peut être regardée comme remplie en l'état de l'instruction. Il y a lieu par conséquent de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête dans en toutes ses conclusions autres que celle présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B et à Me Kadoch.
Fait à Paris, le 19 mars 2024.
Le juge des référés,
B. Rohmer
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2406184/9