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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407146

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407146

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407146
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantGOULAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2024 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 16 avril 2024 et 24 juillet 2024, Mme B D, représentée par Me Goulay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

Si le tribunal considère la Ville de Paris comme auteur de la décision défavorable :

1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2023 de la commission de désignation de la Ville de Paris refusant de la désigner comme candidate au logement situé 9 bis, rue de Cambrai à Paris (19ème) relevant du parc locatif de Paris Habitat ;

2°) si le logement sur lequel sa candidature n'a encore été attribué à un autre candidat et est vacant : d'ordonner à la Ville de Paris de procéder à un nouvel examen de sa demande et de transmettre sa candidature à Paris Habitat sur le logement en question sous quinze jours à compter de la décision à intervenir, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) si le logement sur lequel sa candidature objet de la présente instance a été attribué à un autre candidat et n'est plus vacant : d'ordonner à la Ville de Paris de procéder à autant de nouveaux examens que nécessaire de sa demande et de transmettre autant de fois que nécessaire sa candidature aux bailleurs sociaux ayant des offres de logement correspondant à ses besoins, jusqu'à son relogement effectif sous quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

Si le tribunal considère Paris Habitat comme l'auteur de cette décision :

4°) d'annuler la décision du 13 décembre 2023 de la commission de désignation de la Ville de Paris refusant de la désigner comme candidate ainsi que celle du 21 décembre 2023 rejetant son recours du 14 décembre 2023 ;

5°) si le logement sur lequel la candidature de Mme D objet de la présente instance n'a pas encore été attribué à un autre candidat et est vacant : d'ordonner à Paris Habitat de procéder à un nouvel examen de sa demande sur le logement proposé sur le site internet de la Ville de Paris LOC'Annonces sous quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

6°) si le logement sur lequel la candidature de Mme D objet de la présente instance a été attribué à un autre candidat et n'est plus vacant : d'ordonner à Paris Habitat de procéder à autant de nouveaux examens que nécessaire de sa demande et de transmettre autant de fois que nécessaire sa candidature en commission d'attribution des offres de logement correspondant à ses besoins, jusqu'à son relogement effectif sous quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

7°) de condamner solidairement la Ville de Paris et Paris Habitat au paiement de la somme de 3 000 euros TTC à Me Goulay au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et les condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable car la décision contestée est un acte administratif individuel qui fait grief ;

- elle est fondée à diriger son recours tant contre la Ville de Paris que contre le bailleur social Paris Habitat dès lors que chacun d'eux se rejette la responsabilité de la décision ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 441-1 et L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation et d'une erreur d'appréciation ;

- sa situation doit être appréciée dans son ensemble et non seulement au regard de ses seules ressources ;

- elle dispose de faibles ressources et est hébergée en situation de suroccupation dans un logement insalubre ;

- en imposant un niveau de ressources trois fois supérieur au montant du loyer, charges comprises, Paris Habitat impose une condition illégale ;

- son classement n'a pas été porté à sa connaissance ;

- la cotation des candidats retenus n'est pas justifiée par Paris Habitat.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2024, Paris Habitat OPH représenté par la Selarl Inter-barreaux Centaure Avocats demande au tribunal de rejeter la requête de Mme D et de mettre à la charge de celle-ci la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 13 décembre 2023 ne fait pas grief ;

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2024, la Ville de Paris, représentée par sa maire en exercice, demande au tribunal de la mettre hors de cause.

Elle soutient que la requête est mal dirigée car l'acte attaqué n'a pas été pris par la Ville de Paris mais par Paris Habitat.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambert pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert,

- les observations de Me Goulay pour Mme D qui conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens ; elle soutient que la décision lui fait nécessairement grief ; que la présélection des candidats ne doit pas être traitée informatiquement et doit être contrôlée, tout comme la sélection finale des candidats ; que la règle des ressources trois fois supérieures au montant du loyer est une règle imposée par les seuls bailleurs privés ;

- les observations de Mme A et de Mme C pour la Ville de Paris qui expliquent que c'est la Ville de Paris qui a développé et qui est l'hébergeur de la plateforme de téléservices LOC'Annonces, guichet unique pour la gestion des demandes de logement du parc locatif social, raison pour laquelle c'est toujours le logo de la Ville de Paris qui figure sur le courriel de réponse aux candidats, y compris dans les cas où le logement concerné ne fait pas partie de son contingent de logements ; que chaque réservataire de logements (Ville de Paris ou bailleur social) a ses propres codes de connexion à la plateforme LOC'Annonces et gère lui-même les dossiers de candidatures afférents à ses logements ; que les bailleurs sociaux ne transfèrent pas d'information à la Ville de Paris et répondent directement aux candidats via la plateforme LOC'Annonces ; que la signature " L'équipe LOC'Annonces " apposée au bas du courriel de réponse à une candidature est utilisée, soit par un agent de la Ville de Paris lorsque le logement concerné relève de son contingent de logements, soit par un agent d'un bailleur social quand le logement visé relève du contingent de logements de ce bailleur social ;

- et les observations de Me Coquillon pour Paris Habitat, qui maintient ses écritures quant au caractère purement informatif de la décision attaquée ; elle explique qu'au vu du nombre de candidatures par logement (de l'ordre de 1 000 environ), Paris Habitat effectue un premier tri informatiquement en fonction de la cotation des candidats et de leurs revenus. Elle fait valoir que les mesures d'injonction demandées par la requérante sont impossibles à exécuter.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est demandeuse d'un logement social depuis l'année 2016. Par une décision du 4 janvier 2018, elle a été reconnue par la commission de médiation DALO comme prioritaire et devant être logée en urgence. Le 7 décembre 2023, elle a candidaté par le biais du téléservices " LOC'Annonces " pour un logement situé 9 bis, rue de Cambrai à Paris (19ème) proposé par le bailleur social Paris Habitat. Par courriel du 13 décembre 2023 reçu sur la plateforme LOC'Annonces, elle a été informée que sa candidature n'avait pas été sélectionnée. Par un courrier du 14 décembre 2023 Mme D a formé un recours gracieux contre cette décision d'une part, auprès de Paris Habitat et d'autre part, auprès de la Ville de Paris, lesquels ont fait l'objet de deux décisions de rejet datées respectivement du 21 décembre 2023 et du 21 janvier 2024. Mme D demande l'annulation de la décision du 13 décembre 2023 refusant sa candidature et à ce qu'il soit enjoint à son auteur, quel qu'il soit, de procéder au réexamen de sa demande.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par Paris Habitat :

2. Mme D a reçu un courriel le 13 décembre 2023 sur la plateforme " LOC'Annonces " l'informant que sa candidature n'avait pas été retenue pour le logement désiré. Contrairement à ce que soutient Paris Habitat, lorsque le candidat à l'attribution d'un logement social via le téléservice " LOC'Annonces " se voit opposer une décision de refus à sa demande, cette décision doit être regardée comme faisant grief eu égard aux effets d'un tel refus sur la situation du demandeur. Par conséquent, cette décision n'a pas seulement un caractère informatif, et la fin de non-recevoir soulevée par Paris Habitat ne peut qu'être écartée.

Sur la demande de mise hors de cause de la Ville de Paris :

3. Aux termes de l'article L. 441-2-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les demandes d'attribution de logements sociaux sont présentées auprès des bailleurs de logements sociaux mentionnés à l'article L. 441-1, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Elles peuvent l'être également, lorsqu'ils l'ont décidé, auprès de collectivités territoriales ou d'établissements publics de coopération intercommunale, de bénéficiaires des réservations de logements prévues au même article, de services de l'Etat, ainsi qu'auprès de tout service commun d'enregistrement placé sous la responsabilité de personnes morales énumérées au présent alinéa ou d'un service intégré d'accueil et d'orientation mentionné à l'article L. 345-2-4 du code de l'action sociale et des familles. ". Aux termes de l'article R. 441-2-1 du même code : " Les personnes morales ou services qui enregistrent les demandes de logement locatif social sont les suivants : () e) Le département, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale compétents lorsqu'ils ont pris une délibération à cet effet () ".

4. Aux termes de la délibération 2022 DLH 148 de la Ville de Paris portant lancement de l'élaboration du Plan partenarial de la gestion de la demande de logement social et d'information des demandeurs : " à Paris, l'Etat et les bailleurs sociaux ont délégué à la Ville la compétence de guichet enregistreur pour le grand public. " Pour ce faire, la Ville de Paris a développé depuis 2015 une plateforme de téléservices appelée " LOC'Annonces " qui permet aux demandeurs de logements sociaux de candidater en ligne, parmi l'ensemble des logements sociaux vacants, sur les logements qui les intéressent.

5. S'agissant des logements dont elle est réservataire, la Ville de Paris sélectionne elle-même les candidats en fonction des ressources du foyer, de l'adaptation de la composition familiale à la typologie du logement souhaité et du nombre de points attribués par le système dit de la " cotation " des demandes en fonction de la situation personnelle du candidat. Puis elle désigne trois candidats à la commission d'attribution des logements et d'examen d'occupation des logements (CALEOL) du bailleur social concerné. Cette dernière procède ensuite à son classement propre et attribue le logement au premier demandeur, puis en cas de refus de celui-ci, au demandeur suivant et, enfin, en cas de nouveau refus de celui-là, au troisième demandeur.

6. S'agissant des logements ne relevant pas du contingent de réservation de la Ville de Paris, la plateforme de téléservices " LOC'Annonces ", bien que gérée par la Ville de Paris qui en est l'hébergeur, recense également les annonces de logement relevant du parc locatif de bailleurs sociaux partenaires. Ainsi que les demandeurs en sont informés lorsqu'ils se connectent sur la plateforme de téléservices " LOC'Annonces ", lorsqu'ils postulent sur une annonce publiée par un bailleur social, l'entièreté du processus de désignation des candidats et d'attribution des logements est assuré par le bailleur social, sans que la Ville n'intervienne à aucun moment dans la procédure. Il résulte à cet égard des précisions données à l'audience par les représentantes de la Ville de Paris que, si le logo de la Ville de Paris figure sur les courriels que les demandeurs reçoivent de la plateforme de téléservices LOC'Annonces, cette circonstance procède de la seule gestion par la Ville de Paris de l'interface informatique entre les demandeurs de logement et les réservataires mais ne traduit pas, lorsque le logement ne relève pas du contingent de réservation de la Ville de Paris, sa participation au processus de décision, qui n'appartient alors qu'au bailleur social.

7. En l'espèce, il est constant que le logement situé 9 bis, rue de Cambrai à Paris (19ème) sur lequel Mme D a fait acte de candidature le 7 décembre 2023, relève du contingent de logements de Paris Habitat, ainsi qu'en atteste la mention du nom de cet organisme dans le corps de l'annonce et ainsi qu'il ressort, d'ailleurs, des écritures prises en défense par Paris Habitat.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que la Ville de Paris n'est pas intervenue dans le processus de sélection des candidatures pour l'attribution de ce logement. Par conséquent, le courriel du 13 décembre 2023 ne révèle aucune décision de la Ville de Paris de refus de transmettre la candidature de Mme D à la CALEOL de Paris Habitat. Il s'ensuit que la Ville de Paris, qui n'est pas à l'origine de la décision de rejet de la candidature de Mme D, est fondée à demander sa mise hors de cause.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Aux termes de l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation : " Tout rejet d'une demande d'attribution doit être notifié par écrit au demandeur, dans un document exposant le ou les motifs du refus d'attribution. () ".

10. La décision du 13 décembre 2023 en litige se borne à indiquer que : " Les candidatures sont nombreuses et, après examen attentif de tous les dossiers, nous avons le regret de vous informer que votre candidature n'a pas été retenue pour ce logement. ". La requérante est fondée à soutenir qu'une telle rédaction, en dépit d'une demande de communication des motifs, est dépourvue de tout motif personnalisé de rejet de sa candidature, et par suite, ne satisfaisait pas aux exigences de motivation posée par les dispositions précitées de l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation.

11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2023 par laquelle Paris Habitat n'a pas retenu sa candidature pour le logement situé 9 bis, rue de Cambrai à Paris (19ème) ainsi que de la décision du 21 décembre 2023 de Paris Habitat rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement implique seulement que, si le logement situé 9 bis, rue de Cambrai à Paris (19ème) est encore disponible, la candidature de Mme D soit réexaminée par Paris Habitat, dans le délai de deux mois à compter de sa notification. Dans l'hypothèse inverse, Paris Habitat communiquera à Mme D, dans le même délai, les motifs du choix du candidat retenu pour l'attribution de ce logement. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

13. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 février 2024. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner Paris Habitat à verser à l'avocate de Mme D la somme de 1 500 euros, sous réserve que Me Goulay renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission de l'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

14. Il n'y a pas lieu, eu égard à la solution apportée au litige, de faire droit à la demande de Paris Habitat présentée sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La Ville de Paris est mise hors de cause.

Article 2 : La décision de Paris Habitat du 13 décembre 2023 rejetant la candidature de Mme D pour le logement situé 9 bis, rue de Cambrai à Paris (19ème) ainsi que celle du 21 décembre 2023 de rejet de son recours gracieux formé contre cette précédente décision sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à Paris Habitat de réexaminer la candidature de Mme D pour le logement sis 9 bis, rue de Cambrai à Paris 19ème dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, si ce logement est disponible. Dans le cas contraire, il est enjoint à Paris Habitat de communiquer à Mme D, dans le même délai, les motifs de choix du candidat retenu pour l'attribution de ce logement.

Article 4 : Paris Habitat versera à Me Goulay, avocate de Mme D, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Goulay renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Les conclusions de Paris Habitat présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Goulay, à la Ville de Paris et à Paris Habitat OPH.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée,

F. Lambert

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2407146/6-

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