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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2407165

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2407165

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2407165
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantLAÏD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, M. C B, représenté par Me Bilel Laïd, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 23 janvier 2024 du ministre de l'intérieur prononçant son expulsion du territoire français et retirant son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre à l'administration et aux services de police de lui restituer tout document d'identité ou de voyage remis suite à la notification des décisions contestées ou dans le cadre de leur exécution ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros à verser à Me Laïd au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car son expulsion est susceptible d'intervenir à tout moment, cette décision étant exécutoire malgré le recours en annulation ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car les faits qui lui sont reprochés d'acquisition, de détention, de transport et cession de produits stupéfiants, d'aide, d'assistance et de protection de la prostitution, de comportement défavorable en détention notamment en proférant des insultes à l'égard du personnel pénitentiaire et de détention de substance ou de produit incendiaire ou d'éléments destinés à composer un engin incendiaire ou explosif en vue de préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes, ne sont pas susceptibles de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat au sens de l'article 410-1 du code pénal ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, car il est entré à l'âge de six ans en France, où vivent ses parents, ses frères et sœurs et d'autres membres de sa famille proche, tous en situation régulière, il n'a plus aucune attache en Algérie, il a un projet de mariage avec une ressortissante française avec laquelle il vit en concubinage depuis 2018, il justifie de démarche en vue de trouver un emploi et fait l'objet d'un suivi médical régulier en raison d'une omarthrose sévère ayant justifié l'octroi du statut de travailleur handicapé ;

- l'arrêté attaqué est aussi entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 mars 2024 sous le n°2407164 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénal ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "

2. En vertu de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, " l'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public ". Elle doit cependant prendre en compte les conditions propres aux étrangers mentionnés à l'article L. 631-3 du même code, notamment lorsque l'étranger justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ou réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans. Il ne peut, selon cet article, " faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste () ".

3. Il ressort des pièces soumises au juge des référés que M. B est entré en France le 14 septembre 2000 à l'âge de six ans, en compagnie de sa mère et de son frère aîné, son père les ayant rejoints l'année suivante. Le 23 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pris à son encontre une décision d'expulsion du territoire français, ayant pour effet de lui retirer tout titre de séjour. Le ministre a fondé sa décision sur le fait que M. B a été condamné le 25 juin 2018 à deux ans d'emprisonnement pour des faits de proxénétisme aggravé puis, le 22 août 2023, à quatorze mois d'emprisonnement dont sept mois avec sursis probatoire de deux ans pour des faits de détention de substance ou de produit incendiaire ou explosif ou d'éléments destinés à composer un engin incendiaire ou explosif en vue de préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes, qu'il avait antérieurement été défavorablement connu des services de police pour des faits d'acquisition, de détention, transport et cession non autorisés de stupéfiants entre 2014 et 2016, qu'il a été à l'origine de plusieurs incidents courant 2019 pendant son incarcération, en insultant notamment le personnel pénitentiaire et qu'il a persisté dans une attitude de déni devant la commission d'expulsion en invoquant des erreurs de jeunesse. Ces faits sont matériellement établis. Il suit de là qu'en l'état de l'instruction, et alors que la vie privée et familiale de l'intéressé fait déjà l'objet de la protection particulière de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui exige que soit porté atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, comme en l'espèce et qu'il n'est pas établi que l'intéressé ne pourrait recevoir les soins appropriés à son état de santé en Algérie, aucun des moyens n'apparaît de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

4. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition de l'urgence.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à Me Laïd.

Fait à Paris, le 3 avril 2024.

La juge des référés,

A. A

La République mande et ordonne au ministre et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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