vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2407375 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | KADOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2024, M. E D, représenté par Me Kadoch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
3°) d'enjoindre au préfet de police d'examiner à nouveau sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'erreur de fait pour mentionner à tort qu'il est dépourvu de passeport ;
- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis avocats, par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant camerounais né en 1996, demande l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En application de ces dispositions, il y a lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00198 du 16 février 2024 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2024-198 du même jour, le préfet de police a donné à M. A C, attaché principal d'administration de l'Etat et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté a été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, en particulier les articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que M. D ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français ni être titulaire d'un titre de séjour pour s'y maintenir. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cet arrêté est insuffisamment motivé, révélant une absence d'examen sérieux de la situation du requérant, doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ". S'il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci est notamment fondé sur le motif tiré de ce que M. D est dépourvu de document de voyage, alors qu'il verse son passeport au dossier, ce motif est surabondant eu égard à ceux pouvant fonder la décision d'éloignement prise tels qu'ils résultent des dispositions précitées. Dès lors, à supposer même ce motif entaché d'erreur de fait, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les motifs tirés de l'entrée irrégulière du requérant sur le territoire français et du fait qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit par suite être écarté.
7. Il résulte de tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. D doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Kadoch et au préfet de police.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La magistrate désignée
B. B
La greffière
D. DECOCK
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.