mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2407444 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | MAGDELAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 1er avril et le 22 avril 2024, M. E, représenté par Me Magdelaine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 mars 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, dès lors, notamment, qu'il est convoqué en préfecture le 4 juin 2024 pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mai 2024, en présence de Mme Flaugère, greffière d'audience :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Fruneau, représentant M. B.
- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant malien, né le 9 août 1992 à Kolokani au Mali, demande l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
2. Il ressort des pièces du dossier, en particulier d'une convocation établie au nom du requérant par la préfecture de police le 18 mars 2024, que M. B est convoqué le 4 juin 2024 à la préfecture de police pour y déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, en obligeant M. B à quitter le territoire français et en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français durant un an en contradiction avec les indications qui lui ont été données et sans que ne lui ait jamais été délivré un récépissé de demande de titre de séjour ou que l'administration ait pris position sur sa demande, le préfet la Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, M. B est fondé à en demander pour ce motif l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. Il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de se prononcer sur la situation de M. B dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 30 mars 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de se prononcer sur la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E, au préfet de Seine-et-Marne et au Préfet de police.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 22 mai 2024.
La magistrate désignée,
M. C
La greffière,
H. FLAUGERE
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2407444/3-3