Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 avril 2024, M. A... B..., représenté par
Me Delimi, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite, née le 26 novembre 2023, par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, un certificat de résidence portant la mention « salarié » ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour renouvelable l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le préfet de police de Paris n’a pas procédé à l’examen de sa situation ;
- le préfet de police de Paris a méconnu les stipulations de l’article 7 b) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- il ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
- le préfet de police de Paris a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet de police de Paris a commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Le préfet de police de Paris, à qui a été communiquée la requête de M. B..., n’a pas produit d’observations en défense.
La clôture de l’instruction a été fixée par une ordonnance du 4 mars 2025 au
29 avril 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Mauget, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant algérien né le 17 juin 1985, entré en France le
28 mai 2015 sous couvert d’un visa C, a sollicité le 20 juin 2023 la délivrance d’un certificat de résidence algérien d’une durée d’un an dans le cadre des stipulations de l’article 7 b) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Il ressort des pièces du dossier que, après des échanges avec les services de la préfecture, il a déposé un dossier complet le
26 juillet 2023. Le préfet de police de Paris n’ayant pas statué sur cette demande de titre, une décision implicite de rejet est intervenue le 26 novembre 2023. Par la présente requête,
M. A... B... demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
2. Aux termes de l’article 7 b) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) Les ressortissants algériens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d’usage et sur présentation d’un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l’emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions renouvelable et portant la mention « salarié » ; cette mention constitue l’autorisation de travail exigée par la législation française (…) ». Aux termes de l’article 9 du même accord : « Pour être admis à entrer et à séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c à d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d’un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ».
3. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».
4. Si un ressortissant algérien ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l’accord franco-algérien n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant algérien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
5. En l’espèce, M. B... fait valoir qu’il séjourne en France depuis 2015 et qu’il y travaille de manière continue depuis le mois d’août 2018. Il produit en effet un contrat de travail à durée indéterminée, signé le 1er août 2018 avec la société AW DISTRIBUTION, en tant qu’employé polyvalent au sein d’un commerce exploité sous la marque « CARREFOUR CITY » ainsi que ses feuilles de paie depuis son embauche, dont il ressort qu’il est rémunéré au salaire minimum interprofessionnel de croissance. Il a également produit des attestations de clients et de son employeur faisant état de son grand professionnalisme ainsi qu’une attestation établissant son engagement associatif pour une association réalisant des distributions alimentaires. M. B... justifie ainsi d’une insertion socio-professionnelle stable et durable en France. Compte tenu en outre de la durée de son séjour en France, en refusant de l’admettre au séjour, le préfet de police de Paris a commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.... Par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de sa requête, M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite du 26 novembre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de l’admettre au séjour.
Sur les conclusions à fins d’injonction :
6. Le présent jugement, qui prononce l’annulation de la décision du 26 novembre 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé d’admettre au séjour M. B..., implique que le préfet de police de Paris délivre à M. B... un certificat de résidence portant la mention « salarié » dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Sur les frais de l’instance :
7. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. B... d’une somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 26 novembre 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de délivrer un certificat de résidence portant la mention « salarié » à M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative une somme de 1 200 euros à M. B....
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Mauget, premier conseiller,
Mme Monteagle, première conseillère.
Rendu public après mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.
Le rapporteur,
signé
F. MAUGET
Le président,
signé
J-C. TRUILHE
La greffière,
signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.