vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2410438 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | GALINDO SOTO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistré les 25 avril et 16 juin 2024, Mme C A, représentée par Me Ricardo Galindo Soto, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que son éloignement est contraire à l'intérêt supérieur de son fils, B, qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire en Grèce, est francophone et scolarisé en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors que la protection internationale reconnue par la Grèce en raison des persécutions qu'elle a subies en République démocratique du Congo n'est plus effectivement assurée en Grèce, qu'elle doit être regardée comme ayant sollicité pour la première fois en France la reconnaissance du statut de réfugié, que son enfant et elle sont entrés en France en 2022 et y réside depuis lors, qu'ils y ont développé une vie privée et familiale, que le préfet n'a pas tenu compte de son état de santé ni de l'intensité des liens dans son pays d'origine et que ses motifs sont suffisants pour justifier la délivrance d'une autorisation de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de police de Paris, représenté par le cabinet Actis avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Medjahed, premier conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 :
- le rapport de M. Medjahed, magistrat désigné ;
- les observations de Me Galindo Soto, représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, précise qu'elle a été victime d'un réseau de traite des êtres humains en Grèce, que son fils est suivi médicalement en France et que ni son fils ni elle ne parlent la langue grecque et ajoute qu'un retour en Grèce serait contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 24 février 1999 à Kinshasa en République démocratique du Congo, de nationalité congolaise, qui a bénéficié, avec son fils né le 1er mai 2019 à Kinshasa, de la protection internationale de la Grèce, d'un passeport grec expirant le 27 avril 2027 et d'un titre de séjour grec expirant le 2 mars 2025, déclare être entrée en France le 14 décembre 2022 et y a déposé le 8 février 2023 une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 avril 2023 confirmée par une décision du 26 octobre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) puis une demande de réexamen le 23 novembre 2023 qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 8 décembre 2023. Par un arrêté du 12 avril 2024, le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
3. L'arrêté en litige, qui procède à l'éloignement de M. A à destination du pays pour lequel elle établit être légalement admissible, soit la Grèce en l'espèce, n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de son fils. Par ailleurs, la circonstance que son enfant soit francophone et scolarisé en France depuis son arrivée en 2022 n'est pas en soi de nature de caractériser une méconnaissance par le préfet de police de l'intérêt supérieur de son fils dont il ne ressort pas des pièces du dossier que sa scolarité ne peut pas se poursuivre en langue grecque, eu égard notamment à son jeune âge et à la faible durée de sa présence sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Enfin, la requérante n'apporte aucune pièce ni aucun commencement de preuve permettant d'étayer ses allégations selon lesquelles elle a été victime de traite des êtres humains en Grèce ou que les autorités grecques ne sont pas en mesure de sanctionner, faire cesser et de la protéger des agissements dont elle déclare avoir été victime, alors au demeurant qu'il ressort de la décision de la CNDA du 26 octobre 2023 produite au dossier par l'intéressée que " les déclarations de Mme A () au sujet de la période à compter de laquelle elle aurait été bénéficiaire d'une protection internationale en Grèce ont été très imprécises ", que " si elle a par ailleurs fait état de ce qu'elle aurait été victime d'une agression, il ressort également de ses propres déclarations qu'elle a pu à la suite de celle-ci déposer une plainte auprès des autorités de police et qu'une enquête a été diligentée ". Dans ces conditions, en l'état des pièces du dossier, il n'y a aucune raison de craindre qu'il existe des défaillances systémiques en Grèce impliquant un risque de traitement inhumain ou dégradant de Mme A et de son fils en cas de retour dans cet Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le traitement réservé aux demandeurs d'asile et aux réfugiés dans cet Etat membre étant présumé conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la requérante ne justifie pas d'une durée de séjour suffisante sur le territoire français. Elle ne produit pas davantage d'élément de nature à établir une quelconque insertion personnelle, familiale ou professionnelle en France. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 3, il ne ressort pas des pièces du dossier que la scolarité de son fils ne peut pas se poursuivre en langue grecque, eu égard notamment à son jeune âge et à la faible durée de sa présence sur le territoire français à la date de la décision attaquée. De même, la requérante ne produit aucune pièce médicale établissant que son état de santé ou celle de son fils nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, ils ne pourraient pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, eu égard notamment à l'absence de justification d'une insertion professionnelle ou personnelle particulière en France et d'obstacle à la poursuite de la scolarité de son fils en Grèce, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces dernières stipulations énoncent que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
6. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 3 ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées au point 5 doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles liées au frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
N. MEDJAHED
La greffière,
E. FLORENTINY
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.