mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2411276 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CADO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mai 2024, M. C B, représenté par Me Cado, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prolongé sa suspension à demi-traitement ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de le rétablir dans ses fonctions ou, à défaut, de lui proposer une affectation provisoire conforme aux modalités de son contrôle judiciaire, ou à défaut à ce qu'il soit détaché provisoirement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision litigieuse le suspend à demi-traitement, préjudiciant gravement à sa situation financière.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 531-2 du code général de la fonction publique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie, dès lors que l'intéressé ne démontre pas être dans une situation d'urgence financière justifiant la suspension de l'arrêté litigieux, n'étant pas dépourvu de salaire et étant suspendu avec le maintien d'un demi-traitement ;
- les faits reprochés sont incompatibles avec le respect des obligations professionnelles et déontologique liées avec la fonction de policier ;
- l'intéressé représente un risque pour l'intérêt général, en particulier pour l'image de la police nationale, si l'affaire devenait publique ;
- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :
- l'arrêté litigieux est suffisamment motivé en droit comme en fait ;
- l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur de droit dès lors qu'au vu des faits reprochés à l'intéressé la suspension a été prise dans l'intérêt du service afin de préserver l'image de la police nationale et la confiance de la population.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 6 mai 2024 sous le n° 2411275 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la sécurité intérieure, notamment ses articles R. 434-1 et suivant ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Ladreyt, vice-président de la 5ème section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 mars 2024, en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. Ladreyt ;
- les observations de Me Cado, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- et les observation de M. A, représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, gardien de la paix, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire par ordonnance du 7 juin 2023. Par la suite le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, par un arrêté du 27 juin 2023, suspendu M. B de ses fonctions à plein traitement. Par la présente requête, M. B demande la suspension de l'arrêté du 26 janvier 2024, notifié le 7 mars 2024, par lequel le ministre a prolongé sa suspension à demi-traitement.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Aux termes de l'article R. 434-1 du code de la sécurité intérieure : " Les dispositions du présent chapitre constituent le code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale pour l'exécution de leurs missions de sécurité intérieure ". Par suite, l'article R. 434-9 du même code énonce que : " Le policier ou le gendarme exerce ses fonctions avec probité. () ".
4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une plainte déposée à son encontre, M. B a été mis en examen des chefs de viols et placé sous contrôle judiciaire. Dès lors, le ministre de l'intérieur est fondé à se prévaloir de ce que la réintégration de M. B, alors qu'est en cours la procédure judiciaire diligentée à son encontre, serait de nature à porter atteinte à l'image du service de police au sein duquel il serait réintégré et à rendre problématique ses relations avec ses collègues. Il résulte de ce qui précède, que l'arrêté de suspension litigieux n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
5. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Paris, le 22 mai 2024.
Le juge des référés,
J-P. Ladreyt
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.