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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2411312

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2411312

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2411312
TypeDécision
Avocat requérantPIERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 16 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Pierrot, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, a porté à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est présumée s'agissant d'une décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

- elle est caractérisée dès lors que l'arrêté attaqué la place en situation de précarité administrative et professionnelle ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le fichier de traitement des antécédents judiciaires a été consulté sans que les autorités de police, de gendarmerie nationale ou du procureur de la République aient été saisies préalablement pour consultation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 432-1 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'une seule inscription au fichier de traitement des antécédents judiciaires n'emporte pas une qualification de menace à l'ordre public ;

- elle méconnait les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est mère de quatre enfants français dont deux mineurs ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle réside en France depuis plus de vingt-quatre ans ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Vu :

-.les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 mai 2024 sous le numéro 2411313 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Evgénas pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 23 mai 2024 en présence de Mme Mme Pochot, greffière d'audience, Mme Evgénas a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Pierrot, pour Mme A, présente ;

- et les observations de Me Khan, pour le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 2 avril 1985, de nationalité guinéenne, entrée en France en 2000 selon ses déclarations, a bénéficié de titre de séjour régulièrement renouvelés à compter de 2003, son dernier titre de séjour étant une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 15 septembre 2020 au 14 septembre 2022 dont elle a sollicité le renouvellement sur le fondement des articles L.411-4 10° et L 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

Sur l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. En l'espèce, la requérante a bénéficié à compter de 2003 de titres de séjour puis d'une carte de séjour pluriannuelle, régulièrement renouvelés jusqu'au 14 septembre 2022. S'agissant ainsi d'un refus de renouvellement, l'urgence de sa situation est présumée et le préfet de police ne justifie d'aucune circonstance de nature à faire échec à cette présomption. La condition d'urgence est donc satisfaite.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet de police, quant à la menace pour l'ordre public que la présence en France de Mme A constitue au regard de la nature des faits pour lesquels elle a été condamnée le 5 mars 2020 à 3 mois d'emprisonnement avec sursis et de leur caractère ancien, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Si le préfet indique que la requérante est également connue défavorablement des services de police pour les faits de violences commis en 2013 et 2016, ces faits sur lesquels il ne donne au demeurant pas de précisions sont également anciens et n'ont pas donné lieu à une condamnation. Par ailleurs, Mme A résidant en situation régulière en France depuis 2003 et étant mère de quatre enfants de nationalité française, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est également propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Mme A peut donc prétendre à la suspension de l'exécution de la décision attaquée du préfet de police en date du 4 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de police procède au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision et lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A a été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve du renoncement de Me Pierrot, son avocat, à percevoir les sommes correspondantes à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État, le versement de la somme de 1 000 euros à Me Pierrot. Si l'aide juridictionnelle n'était pas accordée à Mme A la somme de 1 000 euros lui sera directement versée en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de police en date du 4 avril 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Pierrot, conseil de Mme A, la somme de 1 000 euros à condition pour ce conseil de renoncer à percevoir les sommes correspondantes à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle. Si l'aide juridictionnelle n'était pas accordée à Mme A, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Pierrot et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 27 mai 2024.

La juge des référés,

J. EVGENAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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