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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2412244

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2412244

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2412244
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantCABINET NOVEMBER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024, M. B A, représenté par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle vise l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Calladine en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Calladine ;

- les observations de Me Diancoumba, substituant Me Traore, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 mai 2024, le préfet de police a fait obligation à M. A, ressortissant marocain né le 19 avril 1988, de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (). "

3. L'obligation de quitter le territoire français vise les textes dont il est fait application et notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. A ne peut justifier d'un titre de séjour ni être entré régulièrement sur le territoire français. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à son destinataire de comprendre les motifs qui la fondent à sa seule lecture. Ainsi et dès lors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments caractérisant la situation de l'étranger, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté comporte une erreur sur l'orthographe du nom de M. A, mentionne à tort qu'il est nationalité algérienne, né à Alger et est dépourvu de passeport. Toutefois, il est constant que lors de son audition sur sa situation administrative par les services de police le 6 mai 2024, et alors qu'il était accompagné d'un interprète en langue arabe, M. A n'a pas présenté de document d'identité ou de voyage et a énoncé des éléments inexacts sur son identité. Les mentions erronées de l'arrêté ne sont que la retranscription des déclarations de M. A. Il ne ressort ainsi pas de pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français.

5. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français a été édictée sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ", cas dans lequel se trouve M. A. La circonstance que l'arrêté du 6 mai 2024 vise l'accord franco-algérien qui ne s'applique pas à l'intéressé, compte tenu de sa nationalité marocaine, est dès lors sans influence sur la légalité de la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, et ainsi qu'il a été dit, M. A a déclaré être de nationalité algérienne. L'erreur contenue sur ce point dans l'arrêté du 6 mai 2024 lui est donc imputable. En outre, compte tenu des motifs retenus par le préfet de police pour fonder l'obligation de quitter le territoire français, tenant aux conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce préfet aurait pris une autre décision s'il avait connu la nationalité marocaine de M. A. Il n'a donc pas fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé.

7. En cinquième lieu, l'arrêté du 6 mai 2024 énonce que si M. A ne quitte pas le territoire national dans un délai de trente jours, il sera reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité, en l'espèce le Maroc, ou à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible. Cet arrêté, vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

8. En dernier lieu, si M. A soutient qu'en raison de son homosexualité, il s'expose à un risque sérieux de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Maroc, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ces risques. En outre, l'intéressé, qui n'a présenté aucune demande d'asile depuis son entrée sur le territoire national en 2022, a déclaré au cours de son audition par les services de police avoir rejoint la France " pour travailler ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales n'a ainsi pas été méconnu par le préfet de police.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2024. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. A présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées également.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A. CalladineLa greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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