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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2412379

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2412379

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2412379
TypeDécision
FormationSection 12 - Chambre 3 - OQTF 6 semaines
Avocat requérantSEILLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Seiller, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de police lui a refusé implicitement la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à l'issue de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Seiller, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, à son bénéfice dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision lui refusant implicitement la délivrance d'un titre de séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elles sont entachée d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré 11 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 26 juin 2024 :

- le rapport de M. Duchon-Doris,

- et les observations de Me Seiller, avocate de Mme B, qui reprend les termes de ses écritures, en présence de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante russe née le 13 juin 1982, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 22 avril 2022. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 juin 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 décembre 2023. Par un arrêté du 18 avril 2024, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à l'issue de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". En application de ces dispositions, il y a lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre la décision refusant implicitement la délivrance d'un titre de séjour :

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité un titre de séjour dont le préfet de police aurait implicitement, par l'arrêté attaqué, refusé la délivrance. L'arrêté du 18 avril 2024, qui ne comporte pas une telle décision, a seulement pour objet de l'obliger à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine ou de tout autre dans lequel elle est légalement admissible. Ainsi, dès lors que le préfet de police ne s'est pas prononcé sur le droit au séjour de l'intéressée, les conclusions en annulation dirigées contre une décision inexistante sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ().". Par l'arrêté attaqué, le préfet de police a fait obligation à Mme B de quitter le territoire dans un délai de trente jours en application de ces dispositions.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, ressortissante russe, est entrée en France au mois d'avril 2022 pour fuir la Russie et y rejoindre son conjoint, M. C, ressortissant français, chez qui elle réside. Il ressort par ailleurs des pièces fournies à l'instance que Mme B et M. C, qui ont produit au dossier différents témoignages reconnaissant la réalité de leur relation, ont procédé à l'enregistrement d'un pacte civil de solidarité au mois de novembre 2023, soit il y a plus de 8 mois. Ainsi, Mme B, qui justifie au surplus avoir déposé auprès de la préfecture de police une demande de titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale, dont l'arrêté attaqué du 18 avril 2024 ne fait nullement mention ni n'indique les motifs pour lesquels l'intéressée ne pourrait pas se voir délivrer un tel titre de séjour, est fondée à soutenir que le préfet de police n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle avant de prendre l'arrêté attaqué et de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 18 avril 2024.

Sur l'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "

8. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français faite à Mme B implique, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de procéder au réexamen de la situation de Mme B et, dans l'attente, qu'elle soit munie d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir Mme B d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Sous réserve de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Seiller, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Seiller de la somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 18 avril 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Seiller renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Seiller, avocate de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de police et à Me Seiller.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le Président,

J.-C. Duchon-DorisLa greffière,

I. Dorothée

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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