mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413301 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | IVANOVIC FAUVEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mai 2024, Mme A C B, représentée par Me Fauveau Ivanonic, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 25 avril 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'OFII de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;
5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à Me Fauveau Ivanovic sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- l'OFII doit tenir compte de sa vulnérabilité en raison des violences subies dans son pays d'origine et son isolement ;
- si elle est hébergée par l'OFII, elle peut se retrouver sans hébergement compte tenu du refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
- la décision litigieuse la place dans une situation de grande précarité puisqu'elle ne dispose d'aucune ressource ;
- la décision litigieuse porte une atteinte grave à sa dignité humaine et peut constituer une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et sa vulnérabilité n'a pas été proprement évaluée ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit tirée de la violation de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision litigieuse méconnaît l'article 20 de la directive " accueil " n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que la requérante s'est elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque, qu'eu égard à ses conditions de vie, elle ne justifie pas qu'elle serait dépourvue de toutes ressources pour subvenir à ses besoins alors même qu'elle a été en mesure de revenir se présenter devant les autorités françaises à Paris depuis l'Espagne et ce, par ses propres moyens, qu'elle peut bénéficier d'une autorisation de travail et qu'elle ne présente pas un état de vulnérabilité justifiant une prise en charge ;
- aucun des moyens invoqués par Mme B n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête enregistrée sous le numéro 2413304 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision litigieuse.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la directive n° 2013/33/UE,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 5 juin 2024 en présence de Mme Tilly, greffière d'audience, Mme Marzoug a lu son rapport et entendu les observations de Me Fauveau Ivanovic, représentant Mme B, laquelle a repris à la barre les moyens invoqués dans la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante mauritanienne, née le 28 février 1990, a présenté, le 16 août 2022, une demande d'asile qui a été placée en procédure " Dublin " puis a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en septembre 2022. Par un arrêté du 26 janvier 2023, le préfet de police a décidé du transfert de Mme B aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le 14 juin 2023, Mme B a été transférée vers l'Espagne. Elle soutient qu'elle n'a pas pu déposer sa demande d'asile en Espagne. Elle est revenue en France en juillet 2023 et y a déposé une nouvelle demande d'asile. Par une décision du 17 octobre 2023, le préfet de police a délivré à Mme B une attestation de demande d'asile en procédure normale. Par courrier du 15 janvier 2024, Mme B a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII. Par une décision du 25 avril 2024, l'OFII lui a notifié le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait. La requérante demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision du 25 avril 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions citées ci-dessus, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ".
5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la requérante tirés du défaut de motivation, du défaut d'examen sérieux de sa situation et de sa vulnérabilité, de l'erreur de droit, de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 20 de la directive " accueil " n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et de l'erreur manifeste d'appréciation, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, que les conclusions aux fins de suspension de la requête de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B, à Me Fauveau Ivanovic et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au bureau de l'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 18 juin 2024.
La juge des référés,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2413301/6-