jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2413304 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | IVANOVIC FAUVEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mai 2024, Mme A C B, représentée par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 25 avril 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris a refusé de rétablir à son profit le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir, de façon rétroactive, les conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles 21 de la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013, L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence d'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité ;
- elle méconnaît l'article 20.1 de la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cicmen,
- et les observations de Me Tordeur, substituant Me Fauveau Ivanovic, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante mauritanienne, née le 28 février 1990, a présenté, le 16 août 2022, une demande d'asile. Elle a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées, le 8 septembre 2022, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Elle a fait l'objet, le 26 janvier 2023, d'un arrêté du préfet de police de Paris ordonnant son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Cette décision de transfert vers l'Espagne a été exécutée le 14 juin 2023. De retour en France, Mme B a déposé, le 19 juillet 2023, une nouvelle demande d'asile en France dès le 19 juillet 2023, dont l'examen relève, depuis le 17 octobre 2023, de la procédure normale. Mme B demande l'annulation de la décision du 25 avril 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris lui a notifié un refus de rétablir à son profit le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 juin 2024. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article L. 573-5 du même code : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat européen le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prévue à l'article L. 553-1 prend fin à la date du transfert vers cet Etat ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a accepté les conditions matérielles d'accueil le 8 septembre 2022, que suite à son retour en France après exécution de la décision de transfert, elle a fait l'objet, le 18 octobre 2023, d'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Cette décision, prise sur le fondement, notamment de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était motivée par le fait que l'intéressée n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile. Mme B a sollicité, par courrier du 15 janvier 2024, le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser d'en rétablir le bénéfice, le directeur territorial de l'OFII de Paris a considéré que les motifs allégués à l'appui ne justifiaient pas des raisons pour lesquelles l'intéressée n'avait pas respecté les obligations consenties lors de l'acception de l'offre de prise en charge de l'OFII.
5. Toutefois, le transfert de Mme B avait mis fin à l'examen de la demande d'asile en France et au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, il n'est ni allégué ni même établi par l'OFII que, lors du dépôt par celle-ci de sa nouvelle demande d'asile, à son retour en France, une nouvelle offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil lui a été faite. Dans ces conditions, en l'absence de nouvelle offre de prise en charge au titre du dispositif d'accueil au retour, l'OFII, ne pouvait mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme B en se fondant sur l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, elle ne pouvait davantage en refuser le bénéfice, en se fondant sur les dispositions du 3° de l'article L. 551-15 du code précité, dès lors qu'en délivrant à Mme B, le 17 octobre 2023, une attestation de demande d'asile en procédure normale, les autorités françaises ont décidé d'examiner cette demande. Par suite, l'OFII a entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de la requérante.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision en litige.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation ainsi retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'OFII procède au rétablissement, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme B, à compter du 17 octobre 2023, date à laquelle les autorités françaises ont accepté d'examiner sa demande d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 200 euros à Me Fauveau Ivanovic, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 25 avril 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Paris a refusé de rétablir à son profit le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil en qualité de demandeur d'asile.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme B du 17 octobre 2023, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Fauveau Ivanovic la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement est notifié à M. Mme A C B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Fauveau Ivanovic.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Ladreyt, président,
- M. Cicmen, premier conseiller,
- M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.
Le rapporteur,
D. Cicmen
Le président,
J-P. Ladreyt La greffière,
A. Gomez Barranco
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2413304/6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.
19/03/2026