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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414981

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414981

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414981
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantCLORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête accompagnée de pièces complémentaires, enregistrées les 7 et 25 juin 2024, M. A, représenté par Me Cloris, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté d'expulsion pris par le préfet de police le 26 mars 2024, portant fixation du pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'une mesure d'expulsion, en tout état de cause celle-ci est caractérisée l'exécution de la décision étant imminente ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens tirés de ce que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente, en méconnaissance de l'article R*632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête é été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit d'observation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 mai 2024 sous le n° 2413092 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Rahmouni, greffière d'audience, et à l'issue de laquelle il a été décidé de reporter la clôture de l'instruction jusqu'au 25 juin 2024 à 14 heures :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Cloris, avocat de M. A,

- le préfet de police n'étant pas présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 24 février 2003, de nationalité congolaise, est entré en France à l'âge de dix ans. Par un arrêté du 26 mars 2024, le préfet de police a décidé de l'expulser du territoire sur le fondement de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faisant application du dernier alinéa de l'article L. 631-3 de ce code, dès lors qu'il constituerait une menace grave pour l'ordre public. M. A a été placé en rétention administrative par un arrêté du 27 mars 2024 du préfet de police. Par la présente requête, M. A demande la suspension de la décision par laquelle le préfet de police a prononcé son expulsion du territoire français.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait Etat d'un moyen propre à créer, en l'Etat de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

Sur l'urgence :

3. Eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte, en principe, et sauf à ce que l'administration fasse valoir des circonstances particulières, par elle-même atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise et crée, dès lors, une situation d'urgence justifiant que soit, le cas échéant, prononcé la suspension de cette décision. Toutefois, il appartient aussi au juge des référés saisi d'une telle décision de tenir compte des exigences de la protection de la sûreté de l'Etat et de la sécurité publique.

4. Il ressort des pièces soumises au juge des référés que M. A est actuellement placé en rétention en vue de la mise à exécution de son éloignement. Par suite, son éloignement peut intervenir à tout moment et de façon imminente. Dès lors, la condition d'urgence est remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3.". Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 12 juillet 2013 à l'âge de dix ans et qu'il y demeure depuis cette date. Il fait valoir qu'il est bien inséré dans la société française, qu'il a mené une excellente scolarité à partir de son arrivée en France, ce dont il justifie par les pièces annexées à sa requête, et qu'il possède des attaches personnelles sur le territoire comme le démontre les attestations fournies par son ancienne compagne et la mère de celle-ci. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à quatre reprises, le 3 juillet 2021 pour vol aggravé par deux circonstances, le 23 septembre 2021 pour recel de bien provenant d'un vol, le 11 février 2022 pour conduite d'un véhicule sans permis et le 5 décembre 2022 pour vol avec violence ayant entrainé une incapacité totale de travail n'excédant pas 8 jours en récidive et refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie. Cette dernière infraction a été punie d'une peine de deux ans d'emprisonnement. Alors même qu'il justifie la commission de ces infractions par la nécessité matérielle dans laquelle il se trouvait du fait de sa sortie du foyer familial à l'âge de dix-huit ans, il n'apporte pas les éléments de nature à établir qu'il ne constituerait plu une menace grave pour l'ordre public, compte tenu du caractère récent des infractions pénales qu'il a commises. Plus particulièrement, s'il produit au dossier un courriel de convocation à un entretien d'embauche, celle-ci est insuffisante pour établir que M. A se trouve désormais dans une situation sociale plus favorable, alors, en outre qu'il se trouve en situation irrégulière sur le territoire français. Ainsi, il n'établit pas qu'il serait placé dans une situation différente de celle qui l'a poussé à commettre des infractions. Enfin il est célibataire et sans charge de famille. Par suite, le préfet de police a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, que sa présence sur le territoire français constitue toujours, à la date à laquelle cette décision a été prise, une menace grave pour l'ordre public.

7. Les autres moyens invoqués par M. A à l'appui de sa demande de suspension de la décision portant expulsion de territoire français, tirés de l'incompétence du signataire de l'acte, de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée, du défaut d'examen de sa situation personnelle, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de police.

Le juge des référés,

J.-F. C

Fait à Paris, le 27 juin 2024.

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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