mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2417330 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | GALINDO SOTO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 26 juin et 1er juillet 2024, M. C, représenté par Me Galindo Soto, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de cette même date ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation, le choix de la durée de trente-six mois est disproportionnée dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il est entré sur le territoire français en 2020, il y a ses attaches privées et familiales en France car aucun des membres de sa famille n'habite dans son pays d'origine, il travaille comme maçon en Île-de-France et son bulletin judiciaire était vierge au moment où le préfet a pris sa décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, le préfet de police conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions à fin d'injonction.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Seulin en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Seulin a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Iannizzi, greffière d'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est un ressortissant algérien né le 19 avril 1998 qui déclare être entré en France le 5 mai 2020. Par un arrêté du 25 juin 2024, pris sur le fondement de l'article L. 612-11 du CESEDA, le préfet de police a augmenté de vingt-quatre mois supplémentaires et porté à une durée totale de trente-six mois l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. " Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. B D, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort de l'article L. 613-2 du CESEDA que les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour doivent être motivées. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour prolonger l'interdiction de retour, le préfet de police a visé les considérations de droit sur lesquelles il se fonde, notamment les articles L. 612-6 et suivant du CESEDA et énoncé les considérations de fait tenant à la durée de présence de M. C sur le territoire français, à la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, à la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et à la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du CESEDA : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. "
6. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que M. C a fait l'objet, le 11 mars 2023, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de douze mois prononcées par le préfet des Pyrénées-Atlantiques et qu'il s'est déclaré célibataire et sans enfant. S'il soutient qu'il travaille comme maçon en Île-de-France, cette circonstance, à supposer qu'elle soit établie, ne permet pas à elle seule de témoigner de la force de ses liens privés et familiaux avec la France. S'il soutient également qu'il est atteint d'une maladie psychiatrique sans prescription médicamenteuse, il ne justifie pas qu'il ne pourrait pas se faire soigner en Algérie. Enfin, il ressort de l'arrêté attaqué que le comportement de M. C a été signalé par les services de police le 23 juin 2024 pour vol avec violence en réunion, faits pour lesquels il a fait l'objet d'une comparution immédiate et il indique dans ses écritures avoir aussi été interpellé le 20 mai 2024 à Paris pour des faits de détention, cession, transport et usage de stupéfiants. Dans ces conditions, sa présence sur le territoire national représente une menace pour l'ordre public et le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en portant à une durée totale de trente-six mois l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. C. Le moyen doit donc être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".
8. Il ressort de ce qui a été dit au point 6 que le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'interdiction de retour sur le territoire français a été prise. Ce moyen sera donc écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Par suite, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de police et à Me Galindo Soto.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.
La magistrate désignée,
A. SeulinLa greffière,
J. Iannizzi
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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