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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417579

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417579

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417579
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantHAMLADJI KEDADOUCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, M. D B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de police a augmenté de douze mois supplémentaires l'interdiction de retour sur le territoire qui avait été prise à son encontre le 18 juin 2024 portant ainsi cette interdiction à un total de vingt-quatre mois.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces le 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coz en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coz,

- les observations de Me Hamladji Kedadouche, représentant M. B, assisté de Mme A C, interprète en langue anglaise,

- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant somalien né le 3 octobre 2000 à Mogadiscio demande l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de police a augmenté de douze mois supplémentaires l'interdiction de retour sur le territoire qui avait été prise à son encontre le 18 juin 2024 portant ainsi cette interdiction à un total de vingt-quatre mois.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2024-167 du même jour, le préfet de police a donné à Mme E, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, et signataire de la décision attaquée, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision a été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :/ 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ;/ 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ;/ 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets./ Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. "

4. Il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse, qui vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l'article L.612-11, que le préfet de police a examiné sa situation personnelle au regard de l'ensemble desdits critères. Le préfet a ensuite indiqué que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 18 juin 2024, à laquelle il s'est soustrait, qu'il représente une menace pour l'ordre public eu égard à son signalement du 25 juin 2024 par les services de police pour des faits de dégradation de biens privés, que l'intéressé " allègue être entré sur le territoire il y a 10 jours ", qu'il ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté que " l'intéressé se déclare célibataire et sans enfant ", et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai, éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour augmenter de douze mois l'interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. B. Dans ces conditions, la décision litigieuse atteste de la prise en compte par le préfet de police, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour de M. B sur le territoire français pour une durée de 24 mois est motivée par la circonstance que le comportement de l'intéressé qui a été signalé pour dégradation de bien privé constitue une menace pour l'ordre public et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement sans délai. Le procès-verbal établi le 25 juin 2024 par un brigadier-chef de police, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, précise qu'il a été interpellé en flagrance, après avoir frappé le pare-brise d'un véhicule, alors qu'un témoin affirme l'avoir vu détériorer d'autres pare-brises, les forces de police constatant effectivement que deux véhicules étaient détériorés. Le requérant ne justifie par ailleurs pas de circonstance humanitaire particulière. Pour fixer la durée de l'interdiction de retour, le préfet de police a tenu compte du fait que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et qu'il représente une menace pour l'ordre public. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de police a pu prendre la mesure litigieuse.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 27 juin 2024.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.

Lu en audience publique le 11 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Y. COZ

Le greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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