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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417625

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417625

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417625
TypeDécision
Formation4e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantGALINDO SOTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2024, M. A D, représenté par

Me Galindo Soto, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire français durant vingt-quatre mois,

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention "vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, plus généralement de l'admettre au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue de démarches auprès de l'autorité administrative compétente, dans le délai de deux jours et de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au bénéfice de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée.

Il soutient que :

-l'arrêté est entaché d'erreur de droit, étant un mineur non accompagné, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ni être reconduit à la frontière ;

-les dispositions de l'article L. 631-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

-il a le droit de présenter une demande de titre de séjour ;

-le requérant ne représente pas une menace à l'ordre public ;

-l'arrêté en litige ne respecte pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la durée de l'interdiction de retour d'une durée de vingt-quatre mois est disproportionnée et la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Véronique Hermann Jager, présidente de

sous-section, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme E C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant libyen, né le 3 mai 2025, entré en France au cours de l'année 2023, selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2024, pris sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour

vingt-quatre mois.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 631-4 du même code : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion ". L'arrêté en litige a été pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition en date du 26 juin 2024, que l'intéressé a été entendu par les services de police et interrogé sur son identité, sa situation administrative et ses ressources. Il leur a indiqué sa date de naissance. Si au soutien de ses conclusions, le requérant fait à présent valoir qu'il est mineur, qu'il ne peut, de ce fait, être expulsé, outre que l'arrêté du préfet de police en litige ne procède pas à son expulsion mais l'oblige à quitter le territoire français, l'intéressé ne justifie pas de sa minorité, ayant indiqué lui-même lors de sa garde à vue, le 26 juin 2024, pour des faits de tentatives de vol, vol par effraction perpétrés les 19 et 21 mars 2024 ainsi que pour l'utilisation d'une carte bleue volée être né le 3 mai 2005 et être âgé de 19 ans. S'il est constant qu'il a donné différentes dates de naissance et lieux de naissance aux services de police ainsi que des alias, dont il s'est servi à l'occasion d'autres interpellations pour des faits de vols, intervenues en 2024 et a refusé de répondre aux questions lors de sa garde à vue du 26 juin 2024, l'examen osseux a par ailleurs permis de constater qu'il est très probablement âgé de plus de 18 ans. Ces éléments conjugués ne permettent pas de démontrer que M. A D serait effectivement mineur. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne peut être éloigné du territoire français sans délai du fait d'une minorité alléguée.

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Le requérant n'apporte aucun élément au soutien de ses dires. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

6. Le préfet de police a interdit à M. A D le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Le requérant, célibataire, sans enfant à charge, entré irrégulièrement et à une date inconnue sur le territoire français, qui ne démontra l'existence d'aucune vie privée et familiale en France, ni aucune activité professionnelle et qui a été interpellé pour des faits de vols par effraction, n'apporte aucun élément au soutien de ses conclusions, pour établir que la mesure d'interdiction prise à son encontre par le préfet de police serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ni que la durée retenue d'interdiction de retour serait disproportionnée.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté susvisé du préfet de police du 27 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à B A D, au ministre de l'intérieur et à Me Galindo Soto.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La magistrate désignée

V. E C La greffière

F. Rajaobelison

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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