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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417649

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417649

mardi 3 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417649
TypeDécision
PublicationD
Formation4e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantGALINDO SOTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2024, M. B A, représenté par Me Galindo Soto, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les deux arrêtés du 27 juin 2024 par lesquels, d'une part, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination, d'autre part, a édicté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, plus généralement de l'admettre au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue de démarches auprès de l'autorité administrative compétente, dans le délai de deux jours et de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur d'appréciation ou de qualification juridique des faits en retenant que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation ou de qualification juridique des faits ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, la durée de 36 mois de cette interdiction ne fait pas référence à la durée de sa présence en France, à la nature et l'ancienneté de ses liens sur le territoire français, où il demeure de façon ininterrompue depuis le 11 juin 2023 ni aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Seulin en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Seulin a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Iannizzi, greffière d'audience.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est un ressortissant algérien né le 8 mai 1999. Par deux arrêtés du 27 juin 2024, pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article L. 611-6 du même code, le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il devait être reconduit et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de 36 mois. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. " Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. L'obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Il ressort ensuite des termes même de la décision attaquée que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre.

5. Enfin, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

6. M. A ne conteste pas qu'il est entré irrégulièrement en France et n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En outre, l'arrêté indique expressément qu'il a été signalé par les services de police le 26 juin 2024 pour tentative de vol avec violences avec ITT inférieure ou égale à 8 jours et que ces faits constituent une menace à l'ordre public. Dès lors, aucune erreur d'appréciation ou de qualification juridique des faits n'a été commise par le préfet de police en édictant la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du CESEDA : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. M. A ne conteste pas qu'il est entré irrégulièrement en France et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il ne peut pas justifier de garanties de représentation suffisante et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, aucune erreur d'appréciation ou de qualification juridique des faits n'a été commise par le préfet de police en refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

10. M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait à titre personnel exposé à des risques de la nature de ceux prévus par les dispositions susvisées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme dans le cas où il retournerait dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du CESEDA : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

12. M. A ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A justifie de telles circonstances humanitaires qui auraient pu conduire l'autorité administrative à ne pas prononcer d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que pour fixer la durée de 36 mois de cette interdiction de retour, le préfet a tenu compte de la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. A sur le territoire français, de la durée de sa présence en France et de ce qu'il a déclaré être célibataire sans enfant à charge et le préfet n'avait pas à signaler des mesures d'éloignement précédentes en l'absence de telles mesures. Il suit de là que le préfet de police n'a pas, en fixant à 36 mois la durée de cette interdiction, commis d'erreur d'appréciation, ni, de façon plus générale, commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de l'intéressé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de police du 27 juin 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet de police de Paris et à Me Galindo Soto.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

La magistrate désignée,

A. Seulin

La greffière,

J. Iannizzi Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2417649/4-1

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