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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2417969

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2417969

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2417969
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024, M. D B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de police a décidé son maintien en rétention ;

2°) dans le cas où l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne se serait pas encore prononcé à la date du jugement, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, sans délai et sous astreinte, une attestation de demande d'asile, de lui remettre l'imprimé lui permettant de saisir l'OFPRA et de lui garantir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, un lieu susceptible de l'accueillir et une allocation journalière ;

3°) dans le cas où l'OFPRA aurait rejeté sa demande, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, sans délai et sous astreinte, une attestation de demande d'asile, jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile, et de lui garantir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, un lieu susceptible de l'accueillir et une allocation journalière ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté, qui lui a été notifié sans l'assistance d'un interprète alors qu'il ne parle pas français, est entaché d'un vice de procédure ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été édicté en méconnaissance du principe du contradictoire, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il a été édicté au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas reçu une information suffisante sur la procédure de demande d'asile ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que, ayant été interpellé un jour seulement après son entrée en France, la circonstance qu'il n'a introduit sa demande d'asile qu'après son placement en rétention ne permet pas de caractériser le fait que cette demande aurait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une décision d'éloignement ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 754-3, R. 754-6 et R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a été édicté avant le dépôt effectif de sa demande d'asile, le simple retrait d'une " liasse OFPRA " auprès du greffe de centre de rétention ne pouvant être assimilé à un tel dépôt.

Des pièces ont été produites par le préfet de police le 11 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,

- les observations de Me Mendy, avocat commis d'office, représentant M. B, qui reprend les moyens développés à l'appui de la requête, en insistant tout particulièrement sur le fait que la seule circonstance que la demande d'asile a été présentée après le placement en rétention du requérant ne suffit pas à établir son caractère dilatoire,

- les observations de M. B, assisté de Mme A, interprète en mandarin, qui s'en remet aux observations de son conseil et indique, en réponse à la demande du magistrat désigné, avoir passé deux jours en Espagne avant de se rendre en France,

- et les observations de Me Vo, représentant le préfet de police, qui fait valoir que M. B ne dispose d'aucune garantie de représentation et qu'interpellé à l'aéroport avant d'embarquer dans un vol pour le Mexique muni de documents de circulation contrefaits, il a expliqué se rendre dans ce pays pour voyager et a fait part de son souhait de ne pas rester sur le territoire français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant chinois, né le 4 juillet 1977, qui déclare être rentré en France le 25 juin 2024, a fait l'objet le 26 juin 2024 d'une obligation de quitter le territoire français. Placé en rétention administrative pour les besoins de l'exécution de cette mesure d'éloignement, il a introduit une demande d'asile le 1er juillet 2024. M. B demande l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police, sur le fondement de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a maintenu en rétention.

2. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée () ". Aux termes de l'article L. 754-4 de ce même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement () ".

3. En premier lieu, d'une part, l'arrêté contesté est signé par Mme C E, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière à la préfecture de police, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté n° 2024-00598 du préfet de police en date du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. D'autre part, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige et de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manquent en fait et ne peuvent en tout état de cause qu'être écartés.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police le 25 juin 2024 notamment sur sa situation administrative. Il n'établit, ni même n'allègue avoir sollicité en vain un nouvel entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer ou de faire valoir certains éléments relatifs à sa situation personnelle avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ou du droit d'être entendu doit en tout état de cause être écarté.

5. En troisième lieu, les moyens tirés, d'une part, de l'absence de remise de l'ensemble des informations sur la demande d'asile, qui se rattache à la procédure d'asile, et, d'autre part, de l'irrégularité de la notification de l'arrêté en litige sont insusceptibles d'avoir une incidence sur la légalité de cet arrêté et ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

6. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de décider son maintien en rétention.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient le requérant, que l'arrêté en litige a été édicté après la présentation par ses soins d'une demande d'asile en rétention. Le moyen soulevé, tiré de ce que cet arrêté de maintien en rétention aurait été illégalement édicté avant l'introduction de sa demande d'asile, en méconnaissance des dispositions des articles L. 754-3, R. 754-6 et R. 754-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé le 25 juin 2024 à l'aéroport de Paris Charles de Gaulle, alors qu'il était porteur d'un billet d'avion daté du même jour à destination du Mexique et qu'il était en possession de documents de circulation contrefaits. Lors de son audition par les services de police, il a indiqué qu'il avait quitté la Chine pour voyager, qu'il était entré sur le territoire français depuis l'Espagne, qu'il envisageait de se rendre au Mexique pour y passer des vacances, qu'il n'avait présenté aucune demande d'asile au sein de l'Union européenne, qu'il ne souhaitait pas rester en France, qu'il retournerait en Espagne s'il était laissé libre à l'issue de son audition et qu'il n'avait aucune autre observation à formuler quant à l'édiction d'une éventuelle mesure d'éloignement. Durant cette audition, il n'a pas fait état de craintes en cas de retour dans son pays d'origine ni de sa volonté de présenter une demande de protection internationale. Après avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'un placement en rétention le 26 juin 2024, M. B n'a présenté une demande d'asile que le 1er juillet 2024. Au vu de ces éléments le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions mentionnées au point 2 en considérant que sa demande d'asile avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une décision d'éloignement. Alors qu'il ne se prévaut d'aucune attache personnelle en France, M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, les conclusions du requérant aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.

Jugement lu en audience publique le 15 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. GUALANDI

La greffière,

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2417969/8

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