mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418107 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 4 juillet 2024, M. D B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de police a décidé son maintien en rétention ;
2°) dans le cas où l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne se serait pas encore prononcé à la date du jugement, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, sans délai et sous astreinte, une attestation de demande d'asile, de lui remettre l'imprimé lui permettant de saisir l'OFPRA et de lui garantir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, un lieu susceptible de l'accueillir et une allocation journalière ;
3°) dans le cas où l'OFPRA aurait rejeté sa demande, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, sans délai et sous astreinte, une attestation de demande d'asile, jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile, et de lui garantir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, un lieu susceptible de l'accueillir et une allocation journalière ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;
- cet arrêté, qui lui a été notifié sans l'assistance d'un interprète alors qu'il ne parle pas français, est entaché d'un vice de procédure ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il a été édicté en méconnaissance du principe du contradictoire, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il a été édicté au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas reçu une information suffisante sur la procédure de demande d'asile ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la circonstance qu'il n'a introduit sa demande d'asile qu'après son placement en rétention ne suffit pas à caractériser le fait que cette demande aurait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une décision d'éloignement ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle.
Des pièces ont été produites par le préfet de police le 15 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,
- les observations de Me Dos Santos, avocate commise d'office, représentant
M. B, qui reprend les moyens développés à l'appui de la requête, en insistant tout particulièrement sur le fait que la seule circonstance que la demande d'asile a été présentée après le placement en rétention du requérant ne suffit pas à établir son caractère dilatoire,
- les observations de M. B, qui s'en remet aux observations de son conseil,
- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police, qui fait valoir que le requérant a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas exécutée, et qu'il n'a jamais déclaré être en danger dans son pays d'origine avant d'introduire sa demande d'asile en rétention.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant somalien, né le 3 octobre 2000, qui déclare être entré en France vers le 15 juin 2024, a fait l'objet le 18 juin 2024 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, édictées par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Après l'interpellation de M. B le 25 juin 2024 pour des faits de dégradation de bien privé qui auraient été commis à Paris, le préfet de police, par des décisions du 27 juin 2024, a porté à vingt-quatre mois la durée de son interdiction de retour sur le territoire français et l'a placé en rétention administrative. M. B, qui a introduit une demande d'asile le 2 juillet 2024, demande l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel le préfet a décidé son maintien en rétention.
2. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée () ". Aux termes de l'article L. 754-4 de ce même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement () ".
3. En premier lieu, d'une part, l'arrêté contesté est signé par Mme A C, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière à la préfecture de police, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté n° 2024-00598 du préfet de police en date du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. D'autre part, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige et de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manquent en fait et ne peuvent en tout état de cause qu'être écartés.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police le 26 juin 2024 notamment sur sa situation administrative. Il n'établit, ni même n'allègue avoir sollicité en vain un nouvel entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer ou de faire valoir certains éléments relatifs à sa situation personnelle avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ou du droit d'être entendu doit en tout état de cause être écarté.
5. En troisième lieu, les moyens tirés, d'une part, de l'absence de remise de l'ensemble des informations sur la demande d'asile, qui se rattache à la procédure d'asile, et, d'autre part, de l'irrégularité de la notification de l'arrêté en litige sont insusceptibles d'avoir une incidence sur la légalité de cet arrêté et ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
6. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de décider son maintien en rétention.
7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été obligé à quitter le territoire français sans délai par un arrêté du 18 juin 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Alors qu'il s'est maintenu sur le territoire national en méconnaissance de cette obligation, il a été interpellé le 25 juin 2024 pour des faits de dégradation de bien privé. Lors de son audition par les services de police, il a notamment indiqué être passé par l'Allemagne et par la Suisse et qu'il ne serait pas en danger s'il devait retourner dans son pays d'origine. Après avoir fait l'objet d'un placement en rétention le 27 juin 2024, M. B n'a présenté une demande d'asile que le 1er juillet suivant. Si l'intéressé indique, en page 4 de son mémoire complémentaire, avoir déjà effectué une demande d'asile en Allemagne et également avoir déposé une demande d'asile en France, qui aurait été rejetée, ces affirmations sont contradictoires avec le reste des écritures et pièces du dossier, ainsi qu'avec les déclarations faites par M. B et son conseil lors de l'audience publique. Au vu de l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions mentionnées au point 2 en considérant que sa demande d'asile avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une décision d'éloignement. Alors qu'il ne se prévaut d'aucune attache personnelle en France, M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle. Les moyens soulevés doivent donc être écartés.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, les conclusions du requérant aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.
Lu en audience publique le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
M. GUALANDI
La greffière
A. HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026