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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418247

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418247

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418247
TypeDécision
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantMOULOUADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 juillet 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois avec un signalement pour cette durée dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai d'une semaine à compter de la notification de ce jugement sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- ces décisions sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- ces décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est entré en France il y a un mois, qu'il est en couple avec une ressortissante française, que le 1er juillet 2024, il s'est confronté à un homme qui a pris une photo compromettante de sa copine après qu'il lui a demandé de la supprimer, qu'il s'agit de sa première interpellation et n'a pas été condamné pour ces faits ;

S'agissant de les autres moyens relatifs à la fixation du pays de destination :

- cette décision méconnaît l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des autres moyens relatifs à l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée dès lors qu'il est entré en France il y a un mois, qu'il est en couple avec une ressortissante française, que le 1er juillet 2024, il s'est confronté à un homme qui a pris une photo compromettante de sa copine après qu'il lui a demandé de la supprimer, qu'il s'agit de sa première interpellation et n'a pas été condamné pour ces faits et qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 septembre 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Medjahed, premier conseiller, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 octobre 2024 :

- le rapport de M. Medjahed, magistrat désigné ;

- les observations de Me Najoua Moulouade, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 12 mars 2000 à Alger en Algérie, de nationalité algérienne, déclare être entré en France en janvier 2024. Par un arrêté du 3 juillet 2024, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois avec un signalement pour cette durée dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024 régulièrement publié, le préfet de police a donné à Mme D C, attachée d'administration, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, notamment à la circonstance qu'il se déclare célibataire sans enfant à charge, qu'il ne peut justifier d'un titre de séjour pour se maintenir en France, qu'il représente une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque de fuite justifiant un refus de délai de départ volontaire en l'absence de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et d'une résidence effective et permanente et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, cet arrêté, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle du requérant, comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions attaquées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas sérieusement examiné sa situation. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doivent être écartés.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Le requérant ne justifie ni d'une durée de séjour ni d'une insertion sociale et professionnelle suffisantes en France pour caractériser une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. En outre, il n'allègue pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé le 1er juillet 2024 pour des faits de violences volontaires en réunion avec arme par auteur ivre entraînant une ITT inférieure ou égale à huit jours, ces faits corroborés par le témoignage de la victime n'étant pas contestés par M. B. Son comportement constitue ainsi une menace pour l'ordre public alors même qu'il n'a pas été condamnée pour ces faits. Par suite, eu égard à l'absence de justification d'une insertion professionnelle ou personnelle particulière en France et à la menace à l'ordre public constituée par son comportement, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doivent être écartés.

Sur les autres moyens relatifs au pays de destination :

7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces dernières stipulations énoncent que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. B n'apporte aucun élément ni aucun commencement de preuve de nature à établir la réalité d'un risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées au point 7 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur les autres moyens relatifs à l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté en conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de cette décision.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

11. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'énumèrent ces dispositions, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

12. Aucun délai de départ volontaire n'ayant été accordé au requérant, il figure donc, pour ce seul motif, au nombre des ressortissants étrangers pouvant faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de conduire l'autorité administrative à ne pas prononcer une telle mesure. En outre et surtout, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou personnelle particulière en France et son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions et alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en fixant à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles liées aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

N. MEDJAHED

La greffière,

E. FLORENTINY

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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