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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418326

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418326

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418326
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de refus de délivrance d'une carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente car seules les autorités de l'asile peuvent lui retirer le statut de réfugié ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation car il doit bénéficier de la délivrance de cette carte de séjour de plein droit.

La requête a été communiquée au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 5 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lambert a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais, né le 23 août 1994, s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 juin 2023. Il a déposé en préfecture le 22 juin 2023 une demande de carte de résident en qualité de réfugié et s'est vu remettre une confirmation de dépôt de sa demande. En l'absence de décision expresse prise sur sa demande, M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 22 août 2024, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Aux termes de l'article L. 424-4 du même code : " Le délai pour la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 après la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile est fixé par décret en Conseil d'Etat. ". Enfin, selon l'article R. 424-1 de ce code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. ".

4. Il est constant que M. A s'est vu reconnaître le statut de réfugié par une décision de la CNDA du 12 juin 2023 et qu'il a déposé le 22 juin 2023 en préfecture une demande de carte de résident. Le préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne soutient pas que le statut de réfugié aurait été retiré à M. A par les autorités compétentes en matière d'asile. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées, selon lesquelles il doit se voir délivrer de plein droit une carte de résident. La décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident doit, dès lors, être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A une carte de résident, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. M. A étant admis à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Hug, avocate de M. A, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de carte de résident de M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer une carte de résident à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Hug, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Hug et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. Marzoug

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2418326/6-

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