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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418344

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418344

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418344
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 4 et 15 juillet 2024, M. B A, représenté par la SELURL Garcia Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'ensemble des décisions en litige ont été édictées en violation de son droit d'être entendu, des droits de la défense et du caractère contradictoire de la procédure ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne représente pas une menace actuelle pour l'ordre public ;

- la décision le privant de délai de départ volontaire est illégale dès lors que le risque de fuite n'est pas caractérisé ;

- en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de police a méconnu les dispositions de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil ;

- en prenant la décision fixant le pays de destination, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale par suite de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Des pièces ont été produites par le préfet de police le 9 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,

- les observations de Me Garcia, représentant M. A, qui reprend et précise les moyens soulevés à l'appui de la requête. Il soutient en outre que l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente et insiste sur le caractère disproportionné de cet arrêté compte tenu de la situation personnelle du requérant et du fait qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public,

- les observations de M. A, qui s'en remet aux observations présentées par son conseil,

- et les observations de Me Vo, représentant le préfet de police, qui fait valoir que le requérant ne dispose pas de garanties de représentation ni d'attaches familiales ou personnelles en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 10 octobre 2005, entré en France en octobre 2020, selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions en litige :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par Mme C, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière à la préfecture de police, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté n° 2024-00598 du préfet de police en date du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige, soulevé par le requérant lors de l'audience publique, doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, le requérant fait valoir que l'ensemble des décisions en litige ont été prises en violation de son droit d'être entendu, qui aurait été mis en œuvre de manière déloyale par l'autorité administrative, du principe du contradictoire et des droits de la défense, en particulier son droit d'être assisté d'un avocat. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a été mis à même de présenter des observations préalablement à l'édiction de ces décisions, en particulier lors de son audition le 1er juillet 2024 par un agent de police judiciaire au sein du commissariat du 20ème arrondissement de Paris, au cours de laquelle il a notamment pu évoquer les circonstances et la date de son arrivée en France, l'ancienneté de sa présence sur le territoire national, ou encore sa situation professionnelle et son absence d'attaches familiales en France. Il ne se prévaut d'ailleurs pas, à l'appui de sa requête, d'autres éléments que ceux dont il a fait état au cours de cet entretien et qui, pour ce qui concerne la date alléguée de son entrée sur le territoire national et son absence d'attaches familiales en France, ont été repris par le préfet dans l'arrêté en litige. En outre, il ressort des termes du procès-verbal d'audition que son droit de bénéficier de l'assistance d'un avocat lui a bien été rappelé en début d'audition et qu'il l'a décliné. Par suite, les moyens soulevés doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ". En outre, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision obligeant le requérant à quitter le territoire français, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte des termes mêmes de l'arrêté du 2 juillet 2024 que le préfet de police a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si M. A fait valoir qu'il réside en France depuis près de quatre ans à la date de l'arrêté en litige, il ne conteste pas être célibataire, sans charge de famille, et ne se prévaut d'aucune insertion professionnelle sur le territoire français. Il n'allègue en outre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Eu égard aux éléments qui viennent d'être rappelés, et quand bien même il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'est en outre pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette même décision sur sa situation personnelle.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Pour prendre la décision en litige, le préfet de police s'est notamment fondé sur les deux circonstances tenant au fait, d'une part, que le requérant, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et, d'autre part, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, dans la mesure où il n'a pu présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validé et n'a pas justifié d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Le requérant, qui ne conteste pas utilement le bienfondé de ces motifs, dont chacun était de nature à caractériser le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et à fonder la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions précitées en prenant cette décision. Si M. A fait en outre valoir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, dès lors que la procédure, initiée à la suite de son interpellation le 1er juillet 2024 pour des faits de vol avec violences en réunion, a été classée sans suite, il résulte en tout état de cause de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur l'existence d'une telle menace.

10. En second lieu, à supposer que M. A ait entendu soutenir qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de police aurait méconnu les dispositions de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, un tel moyen est inopérant, dès lors que cette directive a été intégralement transposée en droit interne, et ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Si le requérant soutient que la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit toutefois pas le moyen qu'il soulève de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Un tel moyen ne peut donc qu'être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait et doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Eu égard aux éléments de sa situation personnelle mentionnés au point 7, et quand bien même il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a fait une inexacte application de ces dispositions ou méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. En particulier, si M. A fait valoir, en page 19 de sa requête, qu'il est le père d'une enfant de nationalité française âgée de deux ans et demi, cette allégation, qui n'est corroborée par aucune pièce, est contradictoire avec le reste de ses écritures et les observations qu'il a pu présenter lors de l'audience publique ou de son audition du 1er juillet 2024.

14. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondée et doit être écartée.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Jugement lu en audience publique le 15 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. GUALANDI

La greffière,

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2418344/8

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