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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418347

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418347

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418347
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 15 juillet 2024, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il a été édicté en méconnaissance du principe du contradictoire, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle.

Des pièces ont été produites pour le préfet de police le 16 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,

- les observations de Me Dos Santos, avocate commise d'office, représentant M. A, qui produit des pièces complémentaires et reprend, en les développant, les moyens soulevés à l'appui de la requête. Me Dos Santos insiste plus particulièrement sur la situation personnelle et familiale du requérant, qui réside en France depuis 2012, soit depuis l'âge de douze ans, et est le père d'une enfant de nationalité française âgée de trois ans. Elle fait en outre valoir que les faits pour lesquels M. A a été interpellé n'ont à ce jour donné lieu à aucune condamnation,

- les observations de M. A, qui indique vivre en France depuis 2012, avoir obtenu un titre de séjour après sa majorité mais ne pas avoir pu en obtenir le renouvellement, s'être occupé de son enfant jusqu'en 2023, avant que sa relation avec la mère de celle-ci ne devienne plus compliquée, et avoir été interpellé en sortant du restaurant et alors qu'il n'avait aucun lien avec les faits qui lui ont été reprochés,

- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police.

Des pièces ont été produites par M. A lors de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 6 avril 2000, entré en France en novembre 2012, selon ses déclarations, a fait l'objet le 13 avril 2024 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par un jugement n° 2403822 du 17 juin 2024, la magistrate désignée par le tribunal administratif de Lille n'a annulé cet arrêté qu'en tant qu'il portait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a rejeté le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées par l'intéressé. Interpellé à Paris le 2 juillet 2024 pour des faits en lien avec la cession, la détention et l'usage de produits stupéfiants, M. A a été placé en rétention administrative le 4 juillet 2024. Il demande l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par Mme C B, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière à la préfecture de police, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté n° 2024-00598 du préfet de police en date du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu par les services de police le 4 juillet 2024, notamment sur sa situation administrative. Alors notamment que l'arrêté en litige fait bien état de son ancienneté alléguée de résidence sur le territoire français ou de la présence en France de son enfant, de nationalité française, âgé de trois ans, M. A n'établit, ni même n'allègue, avoir sollicité en vain un nouvel entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer ou de faire valoir certains éléments relatifs à sa situation personnelle avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ou du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. A se prévaut de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, où il indique être entré en 2012 et résider depuis l'âge de douze ans, de la présence en France de sa mère et de sa fille, âgée de trois ans et de nationalité française, ainsi que de sa bonne insertion professionnelle. Il est toutefois constant que le requérant a fait l'objet, le 13 avril 2024, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai qu'il n'a pas exécutée. En outre, il a été interpellé à Paris le 2 juillet 2024 pour des faits d'offre, cession, détention et usage non autorisé de produits stupéfiants et le préfet de police fait également état de plusieurs signalements le concernant, notamment en 2022 et 2023 pour des faits de violence sur conjoint. Il ressort enfin des pièces du dossier, et a été confirmé par M. A au cours de l'audience, qu'il n'a pas eu de contact avec sa fille depuis au moins l'automne 2023 et il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il contribuerait à son éducation ou à son entretien. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté en litige, le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou que cet arrêté, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Les moyens soulevés, tirés de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations, doivent donc être écartés. M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. GUALANDI

La greffière

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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