mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418379 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 16 juillet 2024, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces ont été produites par le préfet de police le 11 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gualandi en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gualandi, magistrat désigné,
- les observations de Me Dos Santos, avocate commise d'office, représentant M. C, qui produit un mémoire complémentaire, précise que les conclusions du requérant ne tendent qu'à l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et abandonne le moyen tiré de ce que la décision distincte de placement en rétention administrative serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Elle fait en outre valoir que l'obligation de quitter le territoire français qui fonde la décision d'interdiction de retour est ancienne et que M. C réside en France depuis 2016, vit en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il attend un enfant et travaille de manière déclarée,
- les observations de M. C, qui insiste tout particulièrement sur sa situation familiale et son insertion professionnelle,
- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police, qui fait valoir que le requérant n'a pas exécuté deux précédentes obligations de quitter le territoire français et souligne les nombreux motifs de signalisation figurant dans son dossier.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien, né le 1er septembre 1990, a fait l'objet le 7 juillet 2022 d'une obligation de quitter le territoire français. Interpellé le 1er juillet 2024 pour des faits constitutifs de refus d'obtempérer, recel de vol, conduite sous l'empire d'un état alcoolique et en ayant fait usage de produits stupéfiants et conduite sans permis, il a été placé en rétention administrative le 2 juillet 2024. Il demande l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige est signé par Mme D B, adjointe au chef de la division des examens administratifs et des expulsions, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté n° 2024-00598 du préfet de police en date du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. M. C se prévaut de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, où il indique résider depuis 2016, de sa relation avec une ressortissante de nationalité française, avec laquelle il attend un enfant, ainsi que de son insertion professionnelle. Il est toutefois constant que le requérant a fait l'objet, le 7 juillet 2022, d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. En outre, il a été interpellé le 1er juillet 2024 pour des faits constitutifs de refus d'obtempérer, recel de vol, conduite sous l'empire d'un état alcoolique et en ayant fait usage de produits stupéfiants et conduite sans permis. Compte tenu de ces éléments, et du fait qu'il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans au moins dans son pays d'origine et n'allègue pas y être dépourvu d'attaches familiales, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté en litige, le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou que cet arrêté, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Les moyens soulevés, tirés de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations, doivent donc être écartés. M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur sa situation personnelle.
8. En dernier lieu, si M. C soutient que l'arrêté en litige méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bienfondé. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Doivent être également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.
Lu en audience publique le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
M. GUALANDI
La greffière
A. HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026