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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418449

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418449

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418449
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantRIACHY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de M. B, ressortissant tunisien titulaire d'une carte de séjour espagnole, contestant les arrêtés du préfet de police du 21 juin 2024 l'obligeant à quitter la France sans délai et lui interdisant le retour pour 24 mois. Le tribunal a annulé ces décisions, jugeant que le préfet avait commis une erreur de droit et de fait : en application de l'article 21 de la convention de Schengen et de l'article 6 du règlement (UE) 2016/399, M. B, en possession d'un titre de séjour valide délivré par un État membre, pouvait séjourner librement en France pour moins de trois mois sans constituer une menace pour l'ordre public. La solution retenue est l'annulation des arrêtés contestés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés le 6 juillet et les 9 et 10 août 2024, M. B, représenté par Me Riachy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 21 juin 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il devait être reconduit et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de 24 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de faire procéder à l'effacement de la mention de sa non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ; à défaut, de lui verser cette somme s'il n'était pas admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que les décisions contestées :

- sont entachées d'incompétence ;

- révèlent un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ; une mesure d'instruction permettrait de démontrer qu'il possède un permis de conduire international en cours de validité ;

- ont été prises en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- sont insuffisamment motivées au regard des dispositions de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la notion de menace pour l'ordre public ;

- sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur de fait au regard de sa situation administrative dès lors qu'il est en possession d'une carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne délivrée par l'Espagne et séjournait en France depuis moins de trois mois à la date des décision contestées.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Abdat a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 1er novembre 2000 à Ksar Hellal (Tunisie), est entré en France le 12 avril 2024 sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée par les autorités espagnoles en cours de validité. Par deux arrêtés du 21 juin 2024, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il devait être reconduit et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de 24 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen, dans sa version issue du règlement (UE) n° 265/2010 du Parlement européen et du Conseil du 25 mars 2010 et du règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par un des Etats membres peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours sur le territoire des autres États membres, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de l'Etat membre concerné () ". Aux termes du 1 de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016, qui s'est substitué à l'article 5 du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 : " Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : / a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière () c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants () / d) ne pas être signalé aux fins de non-admission dans le SIS ; / e) ne pas être considéré comme constituant une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales de l'un des Etats () "

3. Pour décider que M. B devait quitter le territoire français, le préfet de police s'est fondé sur les circonstances que le requérant ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français ou être en possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ne pouvait apporter la preuve de la date de son entrée en France et que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est en possession d'un titre de séjour espagnol valable du 30 janvier 2024 au 26 juillet 2028, et qu'il est entré en France de façon régulière le 12 avril 2024, ainsi qu'en atteste le tampon porté sur son passeport, soit moins de 90 jours avant l'édiction des décisions contestées le 21 juin 2024. D'autre part, si le préfet de police fait valoir que M. B a été interpelé en date du 21 juin 2024 pour des faits d'exercice illégal de la profession de chauffeur privé et défaut de permis de conduire français, étant en possession d'un permis de conduire tunisien, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police pouvait légalement considérer, sur le fondement de ces seuls faits, eu égard à leur caractère isolé et à l'absence de poursuites, que la présence en France M. B constituait une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée de même que, par voie de conséquence, la décision portant refus de lui octroyer un délai de départ volontaire et la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 21 juin 2024 attaquée annulée.

Sur les frais de justice :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique à verser à Me Riachy, sous réserve pour ce dernier, le cas échéant, de renoncer à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet de police du 21 juin 2024 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 21 juin 2024 ci-dessus annulée.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Riachy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Riachy, conseil de M. B, une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Riachy et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.

La magistrate désignée,

G. ABDATLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2418449/8

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