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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418975

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418975

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418975
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantSAUDEMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrées les 9 et 16 juillet et 18 septembre 2024, Mme B C A, représentée par Me Saudemont, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer, après saisine de la commission du titre de séjour, sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, à lui verser, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont illégales, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

4 octobre 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn ;

- et les observations de Me Saudemont, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C A, ressortissante algérienne née le 6 juillet 2004, entrée en France avec sa mère, selon ses déclarations, le 17 décembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour, a sollicité le 23 février 2023 son admission au séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 28 juin 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vu accorder l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 septembre 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5.Il ressort des pièces du dossier que Mme A réside de manière habituelle et ininterrompue en France depuis au moins le mois de mars 2016, date à laquelle elle a démarré sa scolarité au sein du collège Paul Bert, soit depuis plus de huit ans à la date de la décision attaquée et depuis l'âge de 11 ans, ce qui coïncide avec la période au cours de laquelle elle a forgé son identité, et qu'elle a suivi en France sa scolarité de la classe de sixième jusqu'à l'obtention de son baccalauréat. Il ressort également des pièces du dossier que sa mère s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien en février 2024, valable jusqu'au 5 février 2025. Il n'est pas contesté par le préfet de police que son entourage familial est composé exclusivement de sa mère et de ses tantes, qui résident sur le territoire français et que son cercle amical se trouve en France. Elle produit, à cet égard, de nombreuses attestations, dépassant le cadre de son entourage familial, témoignant de son intégration dans la société française et démontrant qu'elle possède, en France, le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Enfin, Mme A est employée comme garde d'enfant à domicile depuis le 21 août 2018, soit depuis près de six ans à la date de la décision attaquée. La requérante démontre ainsi avoir noué en France des liens personnels, familiaux et professionnels tels que le refus de titre de séjour et ses conséquences porteraient une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le préfet de police, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7.Aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ".

8.En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à la requérante sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de le délivrer à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

9.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Saudemont, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Saudemont de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A.

Article 2 : L'arrêté du 28 juin 2024, par lequel le préfet de police a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours, est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien à Mme A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Sous réserve que Me Saudemont, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Saudemont une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à Me Saudemont et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

I. OSTYN

Le président,

J.-C. TRUILHÉ

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout autre préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2418975/1-1

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01/04/2026

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