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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2420650

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2420650

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2420650
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantGALINDO SOTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024, M. A C B, représenté par Me Galindo Soto, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 28 juillet 2024 par lesquels le préfet de police a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice du délai de départ volontaire, a fixé la Somalie comme pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, plus généralement, de l'admettre au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue de démarches auprès de l'autorité administrative compétente, dans le délai de deux jours et de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la jurisprudence européenne et interne et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car elle ne tient pas compte de sa vulnérabilité, causée par la rupture du traitement médicamenteux de sa maladie psychiatrique ;

- le préfet était tenu d'ordonner une expertise psychiatrique ;

- il justifie de circonstances humanitaires exceptionnelles eu regard de son état de santé ;

S'agissant de la décision ordonnant son " renvoi à la frontière " :

- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits car elle ne tient pas compte de son état de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de son dossier personnel ;

- elle porte une atteinte grave à sa vie familiale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car l'absence de soins disponibles en Somalie l'expose à des traitements inhumains et dégradants, assimilables à la torture ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle car elle ne prend pas en compte les circonstances humanitaires dont il peut se prévaloir eu égard à son état de santé ;

- elle ne tient pas compte de sa durée de présence sur le territoire français, ni de la nature de ses liens avec la France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2024.

Par une ordonnance du 3 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lambert a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant somalien né le 1er janvier 1984, doit être regardé comme demandant l'annulation des deux arrêtés du 28 juillet 2024 par lesquels le préfet de police a, d'une part, prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et fixé la Somalie comme pays de destination de la mesure d'éloignement et, d'autre part, prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. La décision en litige se fonde sur les circonstances que M. B est dépourvu de document de voyage, ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et ne justifie pas d'un titre de séjour pour se maintenir sur le territoire français.

4. En premier lieu, si le requérant se prévaut des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles " ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ", ces dispositions ont été abrogées le 28 janvier 2024 suite à l'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Dès lors que ces dispositions n'étaient plus en vigueur à la date de la décision attaquée, M. B ne peut utilement s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de cette décision.

5. En second lieu, M. B soutient que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas tenu compte de sa maladie psychiatrique, " liée à des douleurs neuropathiques et un trouble anxieux généralisé ". S'il se prévaut, au soutien de cette allégation, de la circonstance qu'il aurait été victime de malaises au cours de sa garde à vue, il ne produit aucun commencement de preuve pour l'établir, alors qu'il ressort au contraire des pièces du dossier que le médecin de l'unité médico-judiciaire qui l'a examiné lors de sa garde à vue le 27 juillet 2024 à 19 heures 10 a déclaré son état de santé compatible avec la garde à vue, et que, par ailleurs, M. B a déclaré au cours de son audition en garde à vue le même jour à 23 heures 07 qu'il ne souffrait ni d'un problème psychiatrique ni d'un problème psychologique. Par suite, le préfet de police, qui n'était pas tenu d'ordonner une expertise psychiatrique au regard de ce qui précède, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que le comportement de M. B, qui a été signalé le 27 juillet 2024 pour des faits de violences volontaires avec usage d'une arme par destination, est constitutif d'une menace à l'ordre public et sur la circonstance qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, dès lors qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas s'y conformer, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 9 juin 2020 et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et où il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

8. En premier lieu, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet de police a examiné la situation de M. B au regard de ses conditions d'entrée et de séjour en France, de ses conditions d'hébergement et de sa situation familiale. M. B n'établit pas qu'il aurait porté à la connaissance du préfet de police des éléments relatifs à sa situation médicale dont celui-ci n'aurait pas tenu compte dans son appréciation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, M. B, qui s'est déclaré au cours de sa garde à vue célibataire et père de trois enfants, dont aucun à charge, n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte grave à sa vie familiale.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il justifie d'une circonstance particulière au sens et pour l'application de l'article L. 612-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

11. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel fixe les conditions d'obtention d'un titre de séjour pour les étrangers dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une décision fixant le pays de renvoi d'un étranger, alors qu'au surplus, il est constant que M. B n'a pas sollicité de titre de séjour.

12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que M. B n'établit pas être atteint d'une pathologie psychiatrique. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'absence de soins disponibles en Somalie l'expose à des traitements inhumains et dégradants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

16. Pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public eu égard aux violences volontaires dont il s'est rendu auteur le 27 juillet 2024, sur la durée de son séjour en France, alléguée depuis 2017, sur la faible intensité de ses liens avec la France et sur la précédente obligation de quitter le territoire français, prononcée le 9 juin 2020, à laquelle il s'est soustrait.

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que M. B n'établit pas être atteint d'une pathologie psychiatrique. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

18. En second lieu, si M. B soutient que la décision en litige ne tient pas compte de sa durée de présence sur le territoire français ni de la nature de ses liens avec la France, d'une part, il n'établit pas une résidence habituelle sur le territoire français depuis l'année alléguée, d'autre part, il n'établit pas avoir des liens particulièrement intenses et anciens avec la France alors qu'il s'est déclaré célibataire, père de trois enfants dont aucun à charge, sans domicile fixe et sans ressources.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du préfet de police du 28 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois édictés à l'encontre de M. B doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

20. D'une part, le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

21. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme sollicitée au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Galindo Soto et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. MarzougLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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