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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2421030

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2421030

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2421030
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantMOULOUADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, Mme B A, représentée par Me Moulouade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle sous astreinte de 10 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

La clôture de l'instruction est intervenue le 2 décembre 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rezard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise née le 11 novembre 1972, entrée en France selon ses déclarations le 5 juin 2011, a sollicité le 6 décembre 2023 son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 mai 2024, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Mme A en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a résidé de manière continue sur le territoire français pendant une période d'au moins dix ans à la date de la décision attaquée, comme en attestent les documents qu'elle produit pour chacune de ces années, et notamment des ordonnances médicales, des bulletins de paye, des factures de téléphonie ou encore les pièces se rapportant à son adhésion à un syndicat professionnel ou au renouvellement régulier de sa carte d'admission à l'aide médicale d'Etat. Elle est par conséquent fondée à soutenir qu'en ne saisissant pas la commission du titre de séjour avant d'adopter la décision attaquée, ce qui l'a privée d'une garantie, le préfet de police a entachée sa décision d'un vice de procédure.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. L'annulation de la décision attaquée implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressée, de procéder à un nouvel examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du jugement, le cas échéant après saisine de la commission du titre de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Moulouade, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris du 26 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressée, de procéder à un nouvel examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme A, le cas échéant après saisine de la commission du titre de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Moulouade la somme de 1 200 euros sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Moulouade et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme de Schotten, première conseillère,

M. Rezard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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