lundi 12 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2421421 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | REGHIOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 août 2024, Mme C A, représentée par Me Reghioui, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour révélée par le classement sans suite du 3 mai 2024 de sa demande ;
2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros HT, soit 2 160 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat et, en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle est présumée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, et alors qu'en tout état de cause, elle justifie de circonstances particulières caractérisant une urgence, ayant mis au monde une petite fille le 15 février 2024 et qu'elle n'a pu bénéficier de l'indemnisation de son congé maternité n'ayant pas de titre de séjour, qu'elle est exposée à une rupture de ses droits à l'assurance maladie ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnait le droit d'être entendu ;
- elle méconnait l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le classement sans suite n'est pas une décision faisant grief ;
- l'urgence n'est pas caractérisée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 6 août 2024 sous le numéro 2421376 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Cardon, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
-les observations de Me Reghioui, qui relève notamment que la fiche de salle produite en défense fait état de l'autorisation de travail qui serait manquante et invoque une erreur de fait.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité philippine née le 26 mars 1981 à Lemery Batangas aux Philippines, bénéficiant d'un titre de séjour salarié depuis le 9 février 2017, a présenté le 5 janvier 2023 une demande de carte de résident et une demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle mention salariée, comme le mentionne la feuille de salle du 5 janvier 2023 produite par le préfet de police. Par courriel du 17 avril 2024, Mme A s'est renseignée sur l'état de l'instruction de sa demande. Par courriel du 3 mai 2024, les services de la préfecture de police l'ont informée que sa demande avait été classée sans suite en raison d'éléments manquants au dossier. Ce courriel du 3 mai 2024, en l'absence de preuve de la notification régulière antérieure d'une demande de pièce complémentaire exigible, révèle, une décision de refus de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de Mme A, dont cette dernière demande la suspension.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de Mme A, il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " .
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci.
5. Ainsi qu'il a été dit, le courriel du 3 mai 2024 révèle une décision de refus de renouveler la carte de séjour pluriannuelle de Mme A à laquelle s'applique la présomption mentionnée ci-dessus. Le préfet de police ne fait état d'aucune circonstance particulière permettant de renverser la présomption d'urgence. Celle-ci doit, par suite, être tenue pour établie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Il résulte de l'instruction que la feuille de salle du 5 janvier 2023 mentionne un accord pour le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle salarié et l'existence d'une autorisation de travail visée. Dès lors que le préfet se prévaut de l'absence de cette autorisation pour justifier la décision attaquée, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de la requête, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente ordonnance implique nécessairement un réexamen de la demande de Mme A et la délivrance, le temps de l'examen, d'un récépissé l'autorisant à travailler. Par suite, il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de Mme A, dans le délai d'un mois, et de lui délivrer, dans le délai d'une semaine, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, l'autorisant à travailler valable le temps du réexamen de sa demande.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Mme A ayant été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Reghioui, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Reghioui en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 500 euros sera versée à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision refusant à Mme A le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle salariée est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de Mme A, dans le délai d'un mois, et de lui délivrer, dans le délai d'une semaine, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, l'autorisant à travailler valable le temps du réexamen de sa demande.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Reghioui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Reghioui, avocate de Mme A, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 500 euros sera versée à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à Me Reghioui, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de police.
Copie en sera adressée au bureau de l'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 12 août 2024.
La juge des référés,
K. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1