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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422288

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422288

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422288
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSARACINO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, un ressortissant sénégalais, contestant la décision du préfet de police du 19 juillet 2024 ordonnant son maintien en rétention administrative. Cette décision faisait suite à sa demande de réexamen d'asile, formulée alors qu'il était déjà placé en rétention. Le tribunal a jugé inopérants les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, car le seul motif légalement contestable dans ce cadre est celui visant à établir que la demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'éloignement. La solution retenue est fondée sur les articles L. 754-1, L. 754-3 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, M. C A, retenu au centre de rétention administrative de Paris, demande au tribunal d'annuler la décision du 19 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a ordonné son maintien en rétention administrative pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile, et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, jusqu'à son départ de France.

M. A soutient :

- que la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est insuffisamment motivée ;

- qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 21 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision du président du tribunal désignant Mme Pestka en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pestka,

- les observations de Me Saracino, avocat commis d'office représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle du requérant,

- et les observations de Me Morel, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sénégalais né le 25 octobre 1994, a présenté en 2018 une demande d'asile qui a été rejetée le 28 février 2019 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée le 3 septembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a présenté en 2021 une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, qui a été rejetée par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 5 août 2022, l'obligeant à quitter le territoire sans délai et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Le recours formé par M. A contre cet arrêté, dont les mentions, non contestées, font au surplus état d'une précédente obligation de quitter le territoire en date du 26 juin 2020, à laquelle l'intéressé n'a pas déféré, a été rejeté par le tribunal administratif de Montreuil le 4 juillet 2023. Interpellé à Paris, garde du Nord, le 2 juillet 2024, en possession d'un faux document d'identité, le requérant a été placé en rétention par arrêté du préfet de police. Il a présenté le 19 juillet 2024 une demande de réexamen de sa demande d'asile, et conteste la décision du même jour par laquelle le préfet de police a ordonné son maintien en rétention administrative pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile, et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, jusqu'à son départ de France.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande () et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". L'article L. 754-3 du même code prévoit que " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. : () ". L'article L. 754-4 de ce code dispose que " L'étranger peut, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2, demander l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que l'étranger faisant l'objet d'un maintien en rétention administrative après avoir présenté une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention ne peut présenter contre cette mesure qu'un moyen tendant à la contestation des motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision du 19 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a ordonné le maintien en rétention administrative de M. A aurait été signée par une autorité incompétente et de ce qu'elle serait insuffisamment motivée sont inopérants. Ils manquent en tout état de cause en fait, dès lors que, d'une part, la décision attaquée a été signée par M. B D, attaché principal d'administration de l'Etat, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté n° 2024-00598 du préfet de police en date du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, et que, d'autre part, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

4. En deuxième lieu, le préfet de police, dont il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier qu'il ne se soit pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, s'est fondé, pour estimer que celui-ci avait présenté sa demande d'asile en rétention administrative dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement prise à son encontre, sur les circonstances que l'intéressé, placé en rétention le 2 juillet 2024, avait présenté sa demande d'asile le 19 juillet suivant, qu'il s'était soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement en 2020 et en 2022, et que son comportement avait été signalé par les services de police le 2 juillet 2024 pour détention de faux document administratif. Il ressort du parcours de M. A retracé au point 1 et de l'ensemble des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de son audition par les services de police le 2 juillet 2024, que le préfet de police n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant, sur le fondement de ces critères objectifs, que la demande d'asile de l'intéressé était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 23 août 2024.

La magistrate désignée,

M. PestkaLa greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2422288/8

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