jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423229 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 1er septembre 2024 et les 9 et 10 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Hug, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 28 janvier 2024, par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, dans l'attente de la fabrication de sa carte de résident, une attestation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Hug ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 à lui verser directement.
Il soutient que :
- l'urgence est constituée dès lors que la décision litigieuse le place illégalement dans une situation d'irrégularité administrative qui d'une part l'empêche de subvenir aux besoins de sa fille puisqu'il ne peut ni travailler ni entreprendre de démarches pour obtenir un logement décent et quitter leur hébergement d'urgence, et d'autre part l'expose au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'être placé en rétention alors que sa fille s'est vu reconnaître le statut de réfugié ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle méconnait les dispositions du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet de police, représenté par Me Tomasi, a produit des pièces le 9 septembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2423228 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 10 septembre 2024 à 14h30 en présence de Mme Chakelian, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Hug qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et de M. B, présent, qui expose que le contrat d'hébergement en vertu duquel il est accueilli avec sa femme et son enfant au " CHU Hôtel Taillandiers " se termine à la fin du mois de septembre 2024 ;
- les observations de Me Floret, se substituant à Me Tomasi, avocat du préfet de police qui oppose à titre principal, une fin de non-recevoir tirée de ce qu'aucune décision ne serait née à la date du dépôt de la requête et à titre subsidiaire conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 12 décembre 1988, est le père d'une enfant de nationalité guinéenne née le 3 décembre 2022 qui s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 septembre 2023. Par une demande enregistrée le 28 septembre 2023 sur la plateforme numérique de l'ANEF, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions du 4° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a été reçu le 19 juillet 2024 par la préfecture de police afin de déposer les originaux de ses documents d'état civil. Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 28 janvier 2024, par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Il résulte de l'instruction que par une décision du 13 septembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a reconnu la qualité de réfugiée à l'enfant de M. B, de nationalité guinéenne née le 3 décembre 2022. M. B, qui a déposé à ce titre une demande de carte de résident le 28 septembre 2023 sur le site de l'ANEF, ne dispose ni d'un titre de séjour ni d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ne peut ni travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant, ni entreprendre des démarches en vue d'obtenir un logement social. Il résulte de plus de l'instruction que M. B et sa famille ne disposent d'aucune solution d'hébergement pérenne dès lors qu'ils sont accueillis depuis le 7 octobre 2022 au sein du centre d'hébergement d'urgence " Hôtel Taillandiers ". Ainsi, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse :
5. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour et étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. " Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. / L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. " Et aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () "
6. Le moyen tiré de ce que la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer une carte de résident à M. B méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 6 qu'il y a lieu de suspendre la décision du 28 janvier par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présenté par M. B jusqu'à ce qu'il soit statué sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. La suspension prononcée implique seulement que le préfet de police réexamine la demande de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à Me Hug, avocate de M. B, d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, s'il n'était pas admis de façon définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette somme directement à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer une carte de résident à M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'État versera à Me Hug, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, en l'absence d'obtention définitive de l'aide juridictionnelle, directement à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au préfet de police et à Me Hug.
Fait à Paris, le 26 septembre 2024.
Le juge des référés,
L. A
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.