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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2425218

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2425218

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2425218
TypeDécision
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Hug, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande de carte de résident dans un délai de quinze jours et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail le temps de ce réexamen dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat et en cas de non admission définitive à l'aide juridictionnelle à son bénéfice directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est caractérisée car elle a été admise au statut de réfugié le 15 mai 2023, l'attestation de prolongation d'instruction est expirée depuis le 25 août 2024 sans qu'elle ne lui ait été renouvelée ce qui lui fait encourir le risque d'être éloignée et la place en situation de grande précarité, notamment sur le plan administratif et professionnel.

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision contestée est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît l'article L. 424-1 et L. 424-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les pièces enregistrées le 30 septembre 2024 présentées pour le préfet de police par Me Tomasi et celles enregistrées le 1er octobre 2024 présentées pour Mme B par Me Hug.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 21 septembre 2024, sous le n°2425220, tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- e code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 2 octobre 2024 en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Salzmann,

- les observations de Me Hug, représentant Mme B, qui reprend ses écritures,

- et les observations de Me Faugeras, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête pour défaut d'urgence en l'absence de preuve que la requérante ait informé la préfecture de police de son changement d'adresse de Chartres vers Paris.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante éthiopienne, née le 19 novembre 1994 en Ethiopie, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'Office Français de protection des Réfugiés et Apatrides le 15 mai 2023. Mme B a déposé le 26 février 2024 une demande de carte de résident en qualité de réfugié et une attestation de prolongation d'instruction lui a été délivrée valable jusqu'au 25 août 2024. La requérante, qui fait valoir que le silence gardé par le préfet de police sur sa demande de carte de résident a fait naître une décision implicite de rejet le 26 juin 2024, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision implicite.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la demande au titre de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Pour justifier de l'urgence, Mme B soutient notamment qu'elle est dans une situation très précaire depuis le refus implicite de la délivrance de sa carte de résident en qualité de réfugié dont elle a obtenu le statut le 15 mai 2023 et l'expiration de l'attestation de prolongation d'instruction le 25 août 2024, qu'elle ne peut poursuivre sa formation, n'est plus autorisée à travailler et ne peut plus percevoir de prestations sociales. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux effets attachés à la détention d'un titre de séjour par l'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue et alors qu'il résulte de l'instruction que la requérante a bien informé les autorités administratives compétentes de son changement d'adresse à Paris, cette dernière doit être regardée comme justifiant de la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des articles

L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision rejetant implicitement sa demande de délivrance d'une carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de carte de résident de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler ou tout autre document provisoire de séjour ayant le même effet dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente décision. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme B a été provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros, qui sera versée à Me Hug, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de délivrer une carte de résident à Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de délivrance d'une carte résident de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler ou tout autre document provisoire de séjour ayant le même effet dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 4 : L'Etat versera à Me Hug une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à Mme B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et à Me Hug.

Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris le 7 octobre 2024

La juge des référés,

M. SALZMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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