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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2432398

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2432398

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2432398
TypeDécision
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 décembre 2024 et 2 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Amrouche, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel le préfet de police a décidé de l'assigner à résidence sur le territoire de la Ville de Paris pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, et, afin de faire constater qu'il respecte cette mesure, lui a fait obligation de se présenter tous les lundis et jeudis au commissariat du 13ème arrondissement ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de perspective raisonnable d'éloignement ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est illégal, par la voie de l'exception d'illégalité de l'interdiction du territoire français prononcé à son encontre par le Tribunal judiciaire de Versailles le 18 novembre 2020,

- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de police a produit des pièces le 2 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Amrouche, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures, par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Vo, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens n'étant fondé.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 septembre 2024, le préfet de police a décidé d'assigner M. A à résidence sur le territoire de la Ville de Paris pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, et, afin de faire constater qu'il respecte cette mesure, lui a fait obligation de se présenter tous les lundis et jeudis au commissariat du 13ème arrondissement. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 30 décembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A. Ses conclusions tendant à ce que le tribunal lui accorde le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont dès lors devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01258 du 22 août 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme D, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles il a été pris, sachant qu'il n'avait pas à mentionner de manière exhaustive les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ".

6. Par un jugement du 18 juillet 2024, le magistrat désigné du tribunal a annulé l'arrêté du préfet de police du 11 juillet 2024 fixant l'Algérie comme pays à destination duquel M. A devait être éloigné du fait de son insuffisante motivation concernant les risques qu'il y encourt, notamment en raison de son état de santé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, dans un avis du 15 juillet 2024, le médecin de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a estimé que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers celui-ci. Par ailleurs, sa demande d'asile introduite le 15 juillet 2024 a été rejetée par l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) le 2 août 2024, dès lors que ses craintes d'atteintes graves en cas de retour en Algérie ne pouvaient être considérées comme fondées. Aussi, et bien que le préfet de police n'ait pas encore pris une nouvelle décision fixant le pays de renvoi de M. A, son éloignement à destination de l'Algérie constitue une perspective raisonnable à la date de l'acte attaqué. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

8. En cinquième lieu, l'arrêté attaqué a été pris en application d'une peine infligée par le juge pénale d'interdiction du territoire français à titre définitif et qui n'a pas fait l'objet d'un relèvement. M. A ne peut donc, en tout état de cause, se prévaloir de l'illégalité de cette peine par la voie de l'exception pour contester le bien-fondé de l'acte attaqué.

9. En sixième et dernier lieu, M. A n'assortit pas les moyens soulevés dans sa requête et tirés d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ces moyens doivent donc être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 6 septembre 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Amrouche et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

J. C

La greffière,

Signée

L. Poulain

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2432398/8

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