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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2432549

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2432549

jeudi 2 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2432549
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 décembre 2024 et 2 janvier 2025, M. C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 8 octobre 2024 refusant son admission au séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination, prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de cette interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer " une autorisation provisoire de séjour " le temps de procéder au réexamen de sa situation, l'ensemble dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées de l'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale, par la voie de l'exception d'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, par la voie de l'exception d'illégalité de la décision de refus d'un délai de départ volontaire.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 31 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Loison représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures, par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Vo, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens n'étant fondé.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 9 décembre 1993 et de nationalité ivoirienne, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 octobre 2024, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans tout en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de cette interdiction. Par un arrêté du 9 décembre 2024, le préfet de police a décidé de le placer en centre de rétention. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

3. M. A soutient qu'il est entré en France à l'âge de 5 ans pour rejoindre son père dans le cadre d'une procédure de regroupement familial et qu'il y réside depuis lors. Il produit diverses pièces démontrant l'ancienneté de sa présence sur le territoire national, dont plusieurs jugements en assistance éducative et des pièces relatives à sa scolarité. A l'audience, le représentant du préfet de police a expressément admis que le requérant résidait effectivement habituellement depuis plus de dix ans sur le territoire national, si bien que ce point doit être regardé comme constant. Aussi, et conformément aux dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent, le préfet de police était tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande, ce qu'il n'a pas fait, entachant alors la décision attaquée d'un vice de procédure. Ce vice a, en l'espèce, privé M. A d'une garantie. Par suite, ce dernier est fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour est illégale.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions prises le même jour et contenues dans le même arrêté par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Le jugement implique que, par application de l'article L. 614-16 du code cité au point précédent, le préfet de police ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. A. Il y a ainsi lieu d'enjoindre au préfet de police ou le préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

7. Il est également enjoint au préfet de police ou préfet territorialement comptent de procéder à l'effacement de son signalement dans le Système d'information Schengen.

Sur les frais de l'instance :

8. M. A, qui a bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office, ne justifie pas avoir exposé des frais pour assurer sa défense. Il n'a par ailleurs pas demandé l'aide juridictionnelle. Ses conclusions tendant à ce que l'Etat soit condamné à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent donc être rejetées.

DECIDE

Article 1 : L'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour M. A, l'a obligé de quitter le territoire sans délai, a fixé son pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de cette interdiction de retour est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son signalement dans le Système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

J. B

Le greffier

N. Dupouy La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2432354

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