lundi 10 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2434369 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2024, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A C et de ses quatre enfants, du centre d'hébergement CADA situé 239 rue de Bercy à Paris dans le 12ème arrondissement, géré par l'association APTM et dans lequel ils se maintiennent indûment depuis le 1er février 2024 et en dépit de la mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours, qui leur a été adressée le 31 octobre 2024 ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) d'autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement CADA, situé 239 rue de Bercy à Paris dans le 12ème arrondissement, géré par l'association APTM afin de débarrasser des lieux les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A C à défaut pour elle de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour connaitre de la requête ;
- les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 552-15 et l'article R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont remplies pour que le préfet puisse demander leur expulsion du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies, dès lors que les places dans ce centre doivent servir à l'accueil de nouveaux bénéficiaires, pendant l'examen de leur demande d'asile, qu'ils ont manqué aux obligations qu'ils avaient acceptées en signant le contrat de séjour et lu le règlement intérieur du centre d'hébergement et se maintiennent irrégulièrement dans les lieux ;
- sa demande ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse : l'occupation indue par
Mme A C et de ses enfants de places dans le centre d'hébergement compromet le fonctionnement normal du centre d'accueil ;
- l'intéressée n'a pas déféré à la mise en demeure de quitter les lieux qui lui a été adressée par le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris le 31 octobre 2024 ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, Mme C, représentée par Me Hug, conclut à ce que l'aide juridictionnelle lui soit accordée à titre provisoire, et, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire qu'un délai de six mois lui soit accordé pour quitter les lieux. Elle demande également qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que les moyens invoqués sont infondés.
Par un mémoire, enregistré le 29 janvier 2025, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Véronique Hermann Jager pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Trieste, greffière d'audience, Mme D B a lu son rapport et entendu Me Pluchet substituant Me Hug, en ses observations pour la requérante. Me Pluchet fait valoir qu'il n'y a pas d'urgence à expulser l'intéressée, et fait valoir sa vulnérabilité et le risque de perturbation de la scolarité de ses enfants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées par la défenderesse tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fins d'expulsion :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Lorsque le juge des référés est saisi d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence, d'utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
3. Aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code, applicable aux lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile qui accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu.
Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement qui leur est destiné, d'un demandeur d'asile qui a obtenu la protection internationale, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A C a été admise, le
14 mars 2019, au centre d'hébergement pour demandeur d'asile CADA APTM, sis 239 rue de Bercy dans le 12 ème arrondissement de Paris, géré par l'APTM et a signé le jour même le contrat de séjour. Elle a été déboutée de sa demande d'asile par une décision de la cour nationale du droit d'asile en date du 27 novembre 2020 et s'est maintenue irrégulièrement non seulement sur le territoire français mais aussi au centre d'hébergement depuis lors, soit pendant plus de quatre ans, obtenant plusieurs prolongations d'hébergement alors qu'elle s'était engagée à quitter les lieux par ses propres moyens et n'a pas respecté. Par une lettre en date du 26 mars 2021, l'OFII lui a notifié la fin de prise en charge et l'avait autorisée à demeurer dans le centre d'hébergement jusqu'au
31 décembre 2020. Elle n'a cependant pas quitté l'hébergement à la date prescrite et s'est maintenue dans les lieux indûment en dépit de la mise en demeure du préfet de la région
d'Ile-de-France, préfet de Paris, qui lui a été adressée par un courrier du 31 octobre 2024 et dont elle a reçu notifcation. Si Mme C fait valoir en défense que la scolarité de ses enfants sera perturbée en cas d'expulsion du CADA, outre que ce n'est qu'une conjecture, il résulte de l'instruction que l'intéressée, qui a déjà bénéficié de nombreux reports pour lui donner le temps de quitter le CADA et ne justifie pas s'y être employée, ne peut exciper de sa vulnérabilité liée à la présence des enfants, pour obtenir un nouveau maintien dans les lieux, réservés à l'hébergement des demandeurs d'asile.
6. D'autre part, comme le fait valoir, sans être sérieusement contesté par la défendresse, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, le dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile est saturé à Paris. Le dispositif national d'accueil parisien disposait au
1er décembre 2024 de 2207 places en hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile avec un taux d'occupation de 98% selon les données de l'OFII et le taux d'occupation irrégulière pour les bénéficiaires de la protection internationale de 7%. Les personnes qui se maintiennent dans les lieux alors qu'elles n'y ont plus le droit compromettent nécessairement le fonctionnement normal de l'organisme effectuant l'hébergement en ne permettant pas à ce dernier d'assurer l'objectif d'égal accès des usagers. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient Mme C, et alors que la mesure d'expulsion sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu de considérer que les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à Mme A C et à ses enfants, de quitter le logement qu'ils occupent irrégulièrement au centre d'hébergement pour demandeurs d'asiles CADA APTM sis 239 rue de Bercy dans le 12 ème arrondissement de Paris, géré par l'APTM, dans un délai de cinq mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le temps que les enfants scolarisés terminent l'année scolaire. En revanche, il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à demander le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance, ce concours devant être demandé directement par le préfet, ni d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à donner toutes instructions utiles au gestionnaire centre d'hébergement afin de débarrasser les meubles de Mme A C. Ces conclusions doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 présentées par la défenderesse :
8. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions de Mme C tendant à ce que le préfet de la région Ile de France soit condamné à lui verser la somme de 1800 euros doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à Mme A C ainsi qu'à tous occupants de son chef, de libérer, dans un délai de cinq mois, à compter de la notification de la présente ordonnance, l'hébergement qu'elle occupe indûment au CADA APTM sis 239 rue de Bercy dans le
12 ème arrondissement de Paris, géré par l'APTM.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête du préfet d'Ile de France est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par Mme C au titre des frais du litige sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, au ministre de l'intérieur et à Me Hug.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 10 février 2025.
La juge des référés,
V. D B
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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