mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2501823 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 et 27 janvier 2025, M. B D C, représenté par Me A, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de modifier l'article 2 de l'ordonnance n°2419203/1 du 22 juillet 2024, en enjoignant au préfet de police de lui délivrer un récépissé lui permettant de travailler, dans un délai de 24 heures à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 250 euros, et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros à verser à Me A, en application des dispositions du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que par une ordonnance du 22 juillet 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de police de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette ordonnance, et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler. Toutefois cette décision n'a pas été exécutée, ce qui constitue un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, et qu'il se retrouve en situation irrégulière et ne peut pas travailler pour subvenir à ses besoins. La convocation transmise au requérant datée du 24 janvier 2025 comporte la mention d'un autre nom que le sien sans que la préfecture n'ait répondu à la demande d'éclaircissement de son conseil.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°2419203/1 de la juge des référés du tribunal administratif de Paris ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 28 janvier 2025, en présence de Mme Gaonach-Née, greffière d'audience, le rapport de M. Rohmer a été entendu. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une ordonnance n°2419203/1 du 22 juillet 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu l'exécution des décisions par lesquelles le préfet de police a refusé le renouvellement du titre de séjour " étudiant-élève " de M. D C, ressortissant vénézuélien, né le 8 septembre 2003 et arrivé en France en 2017, et a enjoint au préfet de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance, et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour et de travail. Par la requête susvisée, M. D C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier l'ordonnance ainsi rendue et d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé lui permettant de travailler dans un délai de 24 heures à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 250 euros, et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 250 euros par jour de retard.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. D C, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ".
4. L'inexécution d'une mesure d'injonction prononcée par le juge des référés en exécution d'une suspension d'exécution de la décision attaquée constitue un élément nouveau pouvant justifier que le juge des référés prononce, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, une nouvelle mesure d'injonction.
5. Lorsque le juge des référés suspend, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, une décision préfectorale de rejet d'une demande de titre de séjour, l'injonction de réexamen de la demande dans un certain délai ne peut être considérée comme exécutée que si le préfet compétent a pris, dans ce délai, une décision expresse statuant de nouveau sur cette demande.
6. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de police aurait procédé au réexamen de la situation de M. D C dans les conditions ordonnées par le juge des référés par l'ordonnance n°2419203/1 du 22 juillet 2024, dès lors qu'il s'est borné à transmettre au requérant une convocation datée du 24 janvier 2025 portant au demeurant un autre nom que celui du requérant. Il suit de là qu'il y a lieu d'assurer l'exécution de cette ordonnance en en modifiant l'article 2 du dispositif et en enjoignant au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de prendre une décision expresse sur la demande de titre de séjour de M. D C, dans un délai de 21 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer sans délai, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour et de travail.
Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :
7. Il résulte du point 2 que M. D C est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me A, avocat de M. D C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. D C à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me A de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'article 2 du dispositif de l'ordonnance n°2419203/1 du 22 juillet 2024 est modifié et il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de prendre une décision expresse sur la demande de titre de séjour de M. D C, dans un délai de 21 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer sans délai, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour et de travail.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros lui sera versée.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D C, à Me A et au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 4 février 2025.
Le juge des référés,
Signé
B. ROHMER
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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