mercredi 19 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2502287 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 janvier et 10 février 2025, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme C B du logement temporaire qu'elle occupe sans droit ni titre, géré par l'association Centre d'action sociale protestant (CASP), située 33 rue de la Cour-des-Noues, dans le 20ème arrondissement de Paris ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) d'autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CASP afin de débarrasser des lieux les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C B, à défaut pour elle de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour connaitre de la requête dès lors que, d'une part, le logement temporaire occupé par Mme B s'inscrit dans le cadre de l'instruction du 22 mars 2022 relative à l'accès à l'hébergement et au logement des personnes déplacées d'Ukraine et bénéficiaires de la protection temporaire, qui met en place un dispositif d'accueil et d'accompagnement piloté par l'Etat et, d'autre part, que le bailleur social, Paris habitat, avec qui le CASP a signé une convention d'occupation temporaire et précaire relative à la mise à disposition de logements pour l'accueil des réfugiés ukrainien, est chargé d'une mission de service public, conformément à l'article L. 411 du code de la construction et de l'habitation ;
- le préfet est compétent pour demander en justice, en application de l'instruction du 22 mars 2022, à ce qu'il soit enjoint à Mme B de quitter le logement temporaire qu'elle occupe ;
- la mesure demandée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que Mme B a refusé une proposition de relogement sans raison valable, ni justification, que des travaux de construction, d'aménagement et de réhabilitation sont nécessaires dans le logement irrégulièrement occupé, que la convention d'occupation temporaire et précaire signée entre le CASP et le bailleur social, Paris Habitat a pris fin le 31 décembre 2024 et que la trêve hivernale n'interdit pas le prononcé d'une mesure d'expulsion ;
- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que Mme B a été avertie, par mise en demeure du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, de quitter les lieux qu'elle occupe illégalement.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaire, enregistrées les 7 et 10 février 2025, Mme B conclut à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et au rejet de la requête.
Elle soutient que :
-la juridiction administrative est incompétente dès lors que, d'une part, l'avenant n°2 à la convention conclue entre le CASP et Paris Habitat ne permet pas de caractériser l'existence d'une mission de service public et de clauses exorbitantes de droit commun et, d'autre part, que le contrat de sous-location conclu avec le CASP relève du droit privé ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que les travaux allégués ne sont pas urgents et que Mme B et sa fille ne pourront pas bénéficier d'un hébergement d'urgence malgré les températures hivernales ;
- la demande d'expulsion sans délai méconnait son droit à la vie privée et familiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Iannizzi, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Pluchet, pour Mme B, qui indique que le logement proposé à Cergy-Pontoise était trop éloigné pour permettre à sa fille de se rendre à son travail dans de bonnes conditions, que des démarches sont en cours pour qu'elle soit logée dans la parc privé avec sa fille et qu'elles ont seulement besoin d'un délai pour quitter leur hébergement actuel.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Les mesures ainsi sollicitées ne doivent pas être manifestement insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative.
2. Il résulte de l'instruction du 22 mars 2022 relative à l'accès à l'hébergement et au logement des personnes déplacées d'Ukraine bénéficiaires de la protection temporaire, que la demande tendant à l'expulsion de Mme B n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative, dès lors que l'association CASP, qui a agi au nom et pour le compte du préfet de la région Ile-de France, préfet de Paris, doit être regardée comme exerçant une mission de service public et que le bâtiment abritant le logement de Mme B appartient à Paris-Habitat, personne morale de droit public.
3. Il résulte de l'instruction que Mme B a signé avec l'association CASP le 14 février 2024 un contrat de sous-location ainsi qu'un avenant le 1er décembre 2024 prolongeant jusqu'au 28 décembre 2024 ce contrat, dans le cadre du dispositif visant à favoriser un système d'intermédiation locative dans le parc privé afin de loger temporairement les ménages déplacés d'Ukraine, bénéficiaires de la protection temporaire. Par un courrier du 6 novembre 2024, la direction régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement a informé Mme B d'un arrêt de prise en charge dès lors qu'elle n'a pas donné de suite favorable à la proposition de logement qui lui a été faite à Cergy-Pontoise. Toutefois, Mme B s'est maintenue dans les lieux au-delà du délai autorisé, malgré une mise en demeure adressée par le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, par un courrier du 16 décembre 2024 notifié le 23 décembre suivant.
4. Comme le fait valoir le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de paris, sans être sérieusement contesté, la convention d'occupation du 9 septembre 2022 relative à la mise à disposition de logements dans le cadre de l'accueil des réfugiés ukrainiens, stipule expressément que la mise à disposition d'un logement est consentie dans l'attente des conditions favorables à la réalisation des projets de travaux, démolition et réhabilitation. A cet égard, il résulte de l'instruction et, notamment, d'un courriel de Paris Habitat que le logement occupé par Mme B a fait l'objet d'un accord avec la direction maitrise d'ouvrage afin de mettre en œuvre un projet de réhabilitation. Les personnes qui se maintiennent irrégulièrement dans les lieux compromettent ainsi le fonctionnement normal de l'organisme et, notamment, la réalisation du projet de travaux de réhabilitation. Dans ces conditions et alors que la mesure d'expulsion sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu de considérer que les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à Mme B de quitter dans un délai de deux mois le logement qu'elle occupe irrégulièrement située 33 rue de la Cour- des-Noues, dans le 20ème arrondissement de Paris. En revanche, il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à demander le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance, ce concours devant être demandé directement par le préfet, ni d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre HUDA afin de débarrasser les meubles de Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme B de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe situé 33 rue de la Cour-des-Noues, dans le 20ème arrondissement de Paris.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 19 février 2025.
La juge des référés,
A. A
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance. /4-1