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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2502642

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2502642

mercredi 28 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2502642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantTRUGNAN BATTIKH

Résumé IA

Refus implicite de délivrance d’un titre de séjour « vie privée et familiale » opposé par le préfet de police de Paris à un ressortissant américain. Le Tribunal administratif de Paris annule cette décision pour défaut de motivation, l’administration n’ayant pas communiqué les motifs de son refus implicite malgré la demande de l’intéressé, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et une pièce complémentaire, enregistrés les 30 janvier, 3 et 24 juin 2025, M. A... B..., représenté par Me Trugnan Battikh, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de changement de statut ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
la décision attaquée est entachée d’incompétence de son signataire ;
elle est entachée d’un défaut de motivation ;
elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux ;
elle est dépourvue de base légale ;
elle est entachée d’erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2025, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés sont infondés.


Par ordonnance du 5 juin 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 7 juillet 2025.



Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration.
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les observations de Me David, substituant Me Trugnan Battikh, représentant M. B....




Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant américain né le 11 juillet 1950, entré en France sous couvert d’un visa D portant la mention « visiteur » valable du 1er février 2024 au 31 janvier 2025, a sollicité le 22 octobre 2024, sur la plateforme ANEF, la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « visiteur ». Par courrier du 4 novembre 2024 reçu le 7 novembre suivant, le requérant a demandé un changement de statut de sa demande, souhaitant présenter celle-ci à titre principal sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et maintenant, à titre subsidiaire, sa demande de titre de séjour portant la mention « visiteur ». Il demande, par la présente requête, l’annulation de la décision du 20 janvier 2025, révélée par la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « visiteur », par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ».

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article. R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ». D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (...) / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) », et aux termes de l’article L. 232‑4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ».

Il ressort des pièces du dossier que M. B... a demandé au préfet de police de Paris, par courrier du 4 novembre 2024 reçu le 7 novembre suivant, un changement de statut de sa demande, souhaitant présenter celle-ci à titre principal sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Du silence gardé par ce dernier pendant un délai de quatre mois est née une décision implicite de rejet, pour laquelle le requérant a sollicité la communication des motifs par une lettre du 16 mai 2025, reçue le 26 mai suivant. Le requérant soutient, sans être contredit par le préfet de police de Paris, que ce dernier n’a pas répondu à ce courrier. Dans ces conditions, et alors qu’aucune décision explicite prise sur cette demande n’est intervenue, M. B... est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d’un défaut de motivation.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ».

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, le présent jugement implique nécessairement qu’il soit enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :


Article 1er : La décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à M. B... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l’audience du 14 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2026.

La rapporteure,

Signé


I. OSTYN
Le président,

Signé


J.-C. TRUILHÉ
La greffière,

Signé


S. RUBIRALTA



La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

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