mercredi 19 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2503026 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | KADOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 février 2025, M. A E B, représenté par Me Kadoch, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite du 24 mai 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, sans délai, un document de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen ;
4°) de mettre à la charge du préfet de police une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite dès lors que, d'une part, la décision attaquée l'empêche d'exercer une activité professionnelle et le prive ainsi de toute ressource, d'autre part, il risque d'être placé en rétention administrative ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite du 24 mai 2024 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait le principe de dignité de la personne humaine, la liberté d'aller et venir et le droit au travail ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le dossier de la requête au fond enregistrée le 3 février 2025 sous le n° 2503025 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision implicite du 24 mai 2024.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 13 février 2025 à 10 heures, en présence de Mme Pochot, greffière d'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1999, a sollicité le 24 janvier 2024 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence conservé par le préfet de police sur la demande de M. B a fait naître une décision implicite de rejet au terme d'un délai de quatre mois, soit le 24 mai 2024. Par la présente requête, il demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, M. B soutient, sans être contesté en défense, que l'absence de titre de séjour régulier sur le territoire français fait obstacle à ce qu'il exerce une activité professionnelle et bénéficie des aides de la caisse d'allocations familiales (CAF), alors même qu'il est père d'une fille mineure, reconnue réfugiée, dont il a la charge. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. "
7. Il résulte de l'instruction que M. B est père d'une fille mineure, C B, à laquelle la qualité de réfugié a été reconnue par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 11 octobre 2023. Le préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne fait état d'aucun motif de nature à faire obstacle à la délivrance du titre de séjour sollicité. Dans ces conditions et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de légalité, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de ladite décision, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2503025.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Eu égard au caractère provisoire des mesures prononcées par le juge des référés, la présente ordonnance implique que le préfet de police ou le préfet territorialement compétent, à titre provisoire et conservatoire, réexamine la situation de M. B, dans le délai de trois mois à compter de la notification de l'ordonnance et lui délivre, sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.
Sur les frais d'instance :
10. Dès lors que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kadoch de la somme de 1 000 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à M. B une carte de résident, est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2503025.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent, à titre provisoire et conservatoire, de réexaminer la situation de M. B, dans le délai de trois mois à compter de la notification de l'ordonnance et de lui délivrer, sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Kadoch une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E B, au préfet de police et à Me Kadoch.
Fait à Paris 19 février 2025.
Le juge des référés,
signé
J.-F. D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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