mercredi 12 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2503411 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 février 2025, Mme F B, agissant au nom de sa fille mineure, Mme E B, ayant pour avocate Me Hug, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision en date du 3 février 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Hug, conseil de la requérante, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation dès lors que la décision d'un refus total et non pas au moins partiel n'est pas explicitée, que sont visés les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans mention des dispositions applicables faisant mention du nécessaire examen de vulnérabilité, que la référence à l'examen des besoins particuliers et de la situation familiale est insuffisante et qu'enfin l'OFII ne justifie pas de la date d'entrée en France de la requérante ;
- elle est entachée d'un défaut de prise en compte, conformément aux dispositions légales et réglementaires, de la vulnérabilité de la jeune D B ;
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;
- elle est également irrégulière en ce que la requérante n'a pas été informée dans une langue qu'elle comprend des motifs de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le l'OFII n'a pas examiné si elle ne pouvait justifier d'un motif légitime de la tardiveté de sa demande ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la vulnérabilité de la jeune D B, qui a dû retrouver sa mère, laquelle a recherché les moyens de la scolariser et de l'héberger.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2025, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 19 février 2025, l'aide juridictionnelle a été refusée à Mme F B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perfettini en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perfettini ;
- les observations de Me Pluchet se substituant à Me Hug, représentant Mme B, présente.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F B, ressortissante ivoirienne née le 31 décembre 1997, agissant au nom et pour le compte de sa fille mineure, Mme E B, née le 10 janvier 2011, a déposé pour cette dernière le 30 janvier 2025 une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure normale. Par ailleurs, par décision du 3 février 2025, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour le motif qu'elle n'avait pas présenté cette demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours pendant lequel elle pouvait le faire. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2.Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 19 février 2025, l'aide juridictionnelle a été refusée à Mme F B. Dans ces conditions, sa demande tendant à son admission, à titre provisoire, au bénéfice de cette aide est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3.En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables en l'espèce et non, comme il est soutenu, les articles abrogés L. 744-7 et R. 744-9 du même code. Elle énonce, également et avec une précision suffisante, que le refus des conditions matérielles d'accueil est justifié par la circonstance que la demande d'asile au nom de la jeune E B a été présentée au -delà d'un délai de quatre-vingt-dix jours. Enfin, elle mentionne que les besoins et la situation personnelle de l'intéressée ont été examinés. Par ailleurs, il ne ressort d'aucun texte ni d'aucun principe que la cessation totale des conditions matérielles en lieu et place d'une simple limitation de ses conditions doit faire l'objet d'une motivation spécifique. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4.En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'a pas procédé à un examen sérieux de la demande qui lui a été soumise par la requérante, qu'il s'agisse de la date d'entrée en France de cette dernière, qui supporte la charge de la preuve contrairement à ce qu'elle soutient, ou de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
5.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil () ". A termes de l'article L. 522-2 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
6.En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, le 3 février 2025, Mme B a bénéficié d'un entretien en langue française, conduit par un agent de l'OFII sans qu'il apparaisse, au vu du résumé de cet entretien, contresigné par ses soins, qu'elle aurait demandé l'assistance d'un interprète ou n'aurait pas été à même de comprendre les questions posées. Si, en outre, la requérante soutient qu'il n'est pas établi que cet agent a reçu une formation spécifique lui donnant qualité pour mener cet entretien, aucune disposition n'impose que soit portée la mention, sur la fiche d'évaluation rendant compte de l'entretien, de l'identité et de la qualification de l'agent en cause, lequel, en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme un agent habilité, ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin et tout état de cause, il ressort de la fiche d'évaluation produite en défense que l'entretien a été mené par un auditeur, désigné sous cette qualité, qui a apposé le cachet de l'Office et y a ajouté ses initiales afin de s'identifier. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
7.En quatrième lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : ()3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "
8.A termes, d'autre part, de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, la demande est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". A termes de l'article L. 531-23 du même code : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à l'article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable aux enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure ".
9.Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'Office ou, en cas de recours, par la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.
10. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
11.La demande ainsi présentée au nom du mineur présentant le caractère d'une demande de réexamen, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est refusé à la famille, totalement ou partiellement, conformément aux dispositions de l'article L. 551-15, sous réserve d'un examen au cas par cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille du mineur concerné.
12.En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche TelemOfpra relative à la décision de l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) notifiée le 19 janvier 2022 à Mme F B, faisant mention du rejet de la demande de réexamen de la demande d'asile de l'intéressée ainsi que de la notification par l'OFII, en date du 28 mars 2022, de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile au motif du rejet définitif de la demande d'asile de cette dernière, que la demande présentée dans la présente requête constitue une demande de réexamen. Par conséquent et alors même que le motif retenu dans la décision du 3 février 2025 de l'OFII contestée est fondé sur le 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, à savoir le dépôt tardif de la demande d'asile, au demeurant corroboré par les déclarations de la requérante dans le cadre de son entretien d'évaluation de vulnérabilité, il convient de lui substituer le 3° de l'article L. 551-15, qui prévoit que les conditions matérielles d'accueil sont refusées au demandeur qui présente une demande de réexamen de sa demande d'asile et quin ne prive la requérante d'aucune garantie, ainsi que l'observe l'OFII en défense.
13.Par ailleurs, la requérante, qui a déclaré par l'intermédiaire de sa mère être hébergée par un tiers, n'a pas indiqué avoir été privée de ressources pendant la période suivant son entrée en France, soit près de six mois et n'a pas fait valoir des besoins particuliers ou des problèmes de santé, ne justifie pas d'une vulnérabilité qui n'aurait pas été prise en compte par l'OFII.
14.Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
15.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête susvisée aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais de litige doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B à fin d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B représentante légale de Mme E B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et à Me Hug.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2025.
La magistrate désignée,
Signé
D. PERFETTINILa greffière,
Signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026