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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2504627

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2504627

vendredi 21 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2504627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantDAVILA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par Mme B... d’une demande d’indemnisation pour le préjudice subi en raison de l’absence de relogement suite à sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation. La responsabilité de l’État a été engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation, en raison de la carence fautive du préfet à exécuter la décision de relogement dans le délai de six mois. Le tribunal a condamné l’État à verser à Mme B... une somme de 4 400 euros, tous intérêts compris, en réparation des troubles dans ses conditions d’existence et de son préjudice moral, compte tenu de la composition de son foyer (cinq personnes) et de la durée de la carence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 février et le 6 novembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Davila, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l’État à lui verser une somme de 9 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B... soutient que :
la responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dès lors qu’elle n’a reçu aucune offre de relogement alors qu’elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
elle subit des troubles dans ses conditions d’existence du fait de la carence fautive de l’État à la reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, qui n’a pas produit de mémoire.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de la construction et de l’habitation ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hombourger, première conseillère, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Mme Hombourger a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Hombourger a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’État prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. La période de responsabilité de l’État court à compter de l’expiration du délai de six mois après la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

Mme A... B..., qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités par une décision du 30 mars 2023 de la commission de médiation du département de Paris, valant pour cinq personnes, au motif qu’elle était dépourvue de logement ou hébergée chez un tiers. En outre, par une ordonnance n° 2323735/6-1 du 6 décembre 2023, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, de reloger Mme B... à compter du 1er mars 2024, sous astreinte de 500 euros par mois. Or, il résulte de l’instruction que le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, n’a pas proposé à Mme B... un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l’habitation à compter de l’édiction de la décision de la commission de médiation ni d’avantage exécuté l’ordonnance lui enjoignant d’assurer le relogement de l’intéressée. Cette double carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’État à compter du 30 septembre 2023 à l’égard de Mme B....

En ce qui concerne le préjudice :

Les troubles dans les conditions d’existence subis par le demandeur du fait de l’absence de relogement doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État. Doivent notamment être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur conjoint, leur concubin notoire ou leur partenaire d’un PACS.

S’agissant de la composition du foyer, il résulte de l’instruction, notamment de la note sociale du 11 juin 2024, que Mme B... réside dans son logement avec son conjoint et ses quatre enfants, nés respectivement en 2008, 2010, 2017 et 2020. Dans ces conditions, l’indemnisation de Mme B... tiendra compte d’un foyer de cinq personnes.

Il résulte de l’instruction que la situation de Mme B... n’a pas changé depuis la décision de la commission de médiation, dès lors qu’elle réside avec son conjoint et ses enfants dans un hôtel social depuis le 26 avril 2017, et depuis le 1er janvier 2020 dans l’hôtel Levert (Paris 20ème). Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer de Mme B..., il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par Mme B... dans ses conditions d’existence, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 4 400 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Mme B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Me Davila, avocat de Mme B..., sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :

Article 1er : L’État est condamné à verser à Mme B... une somme de 4 400 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.



Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Davila et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2025.

La magistrate désignée,

C. Hombourger

Le greffier,

A. Patfoort



La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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