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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2507590

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2507590

vendredi 7 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2507590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet née du silence du préfet de police refusant à M. A..., ressortissant marocain, une admission exceptionnelle au séjour. Le tribunal a jugé que le préfet n'avait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, qui justifiait d'une résidence régulière et d'une activité professionnelle stable depuis plusieurs années. Cette solution a été retenue sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, combiné à l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, le préfet disposant d'un pouvoir discrétionnaire pour régulariser la situation d'un ressortissant marocain ne remplissant pas les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés les 19 mars et 15 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite née le 11 décembre 2023 par laquelle le préfet de police a refusé sa demande d’admission exceptionnelle au séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police ou tout préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou à défaut, de lui enjoindre de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative selon les mêmes conditions de délai et d’astreinte et de lui délivrer, dans l’attente, un récépissé l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que la décision implicite de rejet :
- est entachée d’un défaut de motivation ;
- est illégale en l’absence d’examen particulier de sa situation par le préfet de police ;
- a méconnu les stipulations de l’article 3 de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et celles de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation sur l’effectivité de sa résidence en France, sur son intégration professionnelle et sur les conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.


La requête a été communiquée au préfet de police qui n’a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 28 juillet 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d’emploi ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
le rapport de M. Nourisson,
les observations de Me Benaref, pour M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant marocain né le 14 janvier 1988 et qui déclare être entré en France le 18 octobre 2018 muni d’un visa de type C, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 11 août 2023. Une décision implicite de rejet est née le 11 décembre 2023 du silence gardé par le préfet de police sur cette demande. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. »

Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 précité n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. A cet égard, les stipulations de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 n’ont pas entendu écarter, pour les ressortissants marocains, le bénéfice des dispositions de procédure qui s’appliquent dans le cadre du pouvoir discrétionnaire du préfet en matière d’admission exceptionnelle au séjour.

Il ressort des pièces du dossier que M. A... justifie résider régulièrement en France depuis novembre 2018 et travailler depuis cette date pour le compte de la SARL Mongoo La Défense en qualité d’employé polyvalent à temps partiel puis à temps complet, à compter du 1er janvier 2020, comme leader d’équipe. Il ressort également des pièces du dossier qu’en appui de sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, son employeur a communiqué à la préfecture une lettre d’accompagnement faisant état de son souhait de le maintenir en poste compte tenu de la satisfaction de la clientèle et des équipes qu’il a la charge d’encadrer. Ainsi, au regard de l’ancienneté de sa présence en France et de la qualité de son insertion professionnelle, M. A... est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de police a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

En raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu’une carte de séjour temporaire soit délivrée à M. A..., sous réserve d’un changement dans les circonstances de fait ou de droit. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer ce titre de séjour à l’intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais de justice :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :



Article 1er : La décision implicite du préfet de police née le 11 décembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A... une carte de séjour temporaire dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.


Délibéré après l'audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,
M. Nourisson, premier conseiller,
Mme de Schotten, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2025.




Le rapporteur,

S. Nourisson
La présidente,

K. Weidenfeld


Le greffier,





A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.









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