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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2510179

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2510179

jeudi 17 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2510179
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A, ressortissante mauritanienne. Celle-ci demandait l'enregistrement de sa demande d'asile et le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, en raison d'un risque de transfert vers l'Espagne. Le juge a estimé que la condition d'urgence particulière n'était pas remplie, faute de démonstration d'un transfert imminent ou de circonstances précises sur sa situation personnelle. La requête a été rejetée sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2025, Mme B A, représentée par Me Pafundi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale, ainsi que son dossier de demande d'asile, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à elle-même si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée.

Elle soutient que :

- l'urgence est avérée dès lors que le préfet de police entend procéder à son transfert vers l'Espagne ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Broussillon, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque, notamment, la condition d'urgence n'est pas remplie.

2. En opérant une distinction entre les deux procédures de référé régies respectivement par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 doit justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

3. Mme A, ressortissante mauritanienne née le 6 décembre 1993, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre, d'une part, au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile, de lui remettre une attestation de demande d'asile, ainsi que son dossier de demande d'asile et, d'autre part, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

4. Il résulte de l'instruction que, la consultation du fichier Eurodac ayant fait apparaître que Mme A a franchi irrégulièrement les frontières espagnoles avant d'arriver en France, une demande de prise en charge a été adressée aux autorités espagnoles, qui ont fait connaître leur accord le 10 septembre 2024. A l'appui de sa demande, Mme A, qui affirme s'être présentée à tous les rendez-vous qui lui ont été fixés dans le cadre de la mise en œuvre de l'arrêté procédant à son transfert sans toutefois le démontrer, se borne à faire valoir qu'elle peut être transférée à tout moment vers l'Espagne. Or, il ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier que ce transfert, qui pourra être effectué au plus tard le 10 mars 2026, serait susceptible d'intervenir à très brève échéance. En outre, à supposer même que les autorités espagnoles n'auraient pas été informées de la prolongation du délai de transfert, cette circonstance ne saurait caractériser une urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les conditions matérielles d'accueil auraient été retirées à la requérante, qui n'apporte aucune précision sur ses conditions de vie et d'hébergement, ni même d'ailleurs qu'elle en aurait accepté le bénéfice. Dans ces conditions, Mme A ne justifie pas d'une urgence caractérisée qui rendrait nécessaire l'intervention du juge des référés statuant sur le fondement de ce même article. Par suite, la situation d'urgence particulière prévue par les dispositions de cet article ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A n'est pas admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Pafundi.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Paris, le 17 avril 2025.

Le juge des référés,

Signé,

M. BROUSSILLON

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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