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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2514524

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2514524

mercredi 18 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2514524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPIGOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi en référé suspension par M. B, qui contestait le refus implicite du préfet de police de lui délivrer un titre de séjour. Le requérant invoquait l'urgence liée à son parcours de formation en apprentissage et des doutes sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des articles L. 423-23 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. En défense, le préfet a fait valoir que M. B avait été convoqué pour un réexamen de sa demande et la délivrance d'un récépissé. Le tribunal a constaté que cette convocation rendait sans objet les conclusions aux fins de suspension et d'injonction, et a donc prononcé un non-lieu à statuer sur ces points.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2025, M. A B, représenté par Me Pigot, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite en date du 14 octobre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à titre principal ou " étudiant " à titre subsidiaire, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- la condition d'urgence est réunie dès lors que M. B, en cours de préinscription actuellement, ne pourra débuter sa prochaine formation en apprentissage, à compter de la rentrée 2025, qu'à la condition d'être en situation régulière sur le territoire français et de disposer d'une autorisation de travail ;

- il se trouve dans l'impossibilité de chercher une entreprise d'accueil et ne peut postuler au service d'accompagnement à la recherche d'entreprise proposé par le CFA du fait de sa situation irrégulière, élément caractérisant l'urgence de sa situation ;

- la condition d'urgence est caractérisée dès lors qu'il risque de se retrouver bloqué dans sa formation et dans son parcours d'insertion professionnelle à compter de septembre prochain, faute de présentation d'un justificatif de séjour régulier avec autorisation de travail ;

- l'urgence est caractérisée au regard du passage à la majorité de M. B, dès lors que ce passage l'oblige à détenir un titre de séjour, ainsi qu'au regard du délai déraisonnable pendant lequel la préfecture a traité sa demande, ce dernier se trouvant en situation irrégulière du fait de l'inertie de la préfecture depuis son entrée dans la majorité en mai 2021 ;

- l'urgence est caractérisée par la situation de précarité administrative dans lequel il se trouve placé, et ce, alors même qu'il est arrivé en France en 2017, alors encore mineur, avec sa mère et sa sœur jumelle, qu'il a été scolarisé en France de manière continue depuis huit ans et qu'il est actuellement en terminale professionnelle, et qu'il témoigne d'une très bonne insertion professionnelle en vue du suivi de formations diplômantes et professionnalisantes ;

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que M. B est entré en France en mars 2017 alors âgé de 13 ans, qu'il réside donc en France depuis huit ans, qu'il établit suivre une scolarité continue depuis 2017, qu'il est actuellement inscrit en terminale de bac professionnel en électricité et environnement, après avoir terminé sa première professionnelle et qu'il justifie d'une excellente insertion professionnelle et sociale ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de police a méconnu les dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et a commis une erreur manifeste d'appréciation quant à la nécessité de régulariser sa situation pour le bon déroulement de ses études ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de la situation de l'intéressée, et d'une erreur de fait, notamment caractérisée par le fait que le préfet de police n'a pas pris en compte le fait que M. B s'apprête à débuter une carrière professionnelle dans un métier en tension ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que le préfet de police n'a pas communiqué les motifs de cette décision malgré une demande adressée en ce sens.

Par un mémoire en défense enregistrée le 3 juin 2025, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête et au rejet de celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que par une convocation en date du 3 juin 2025, le requérant a été invité à se présenter le 16 juin 2025 à 9h20 en vue de la délivrance d'un récépissé et du réexamen de sa demande.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le même jour sous le numéro 2514523 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment l'article 8 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 juin 2025 à 9h30, en présence de Mme Chakelian, greffière d'audience, M. Gros a lu son rapport et entendu les observations de Me Pigot, représentant M. B, le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

Aux termes de l'article R. 773-44 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été différée au 17 juin 2025 à 12h00 et les parties en ont été régulièrement informées.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 16 juin 2025, M. B, représenté par Me Pigot, maintient l'ensemble de ses conclusions.

Il soutient que le préfet de police a convoqué M. B le 16 juin 2025, et lui a remis à cette occasion un récépissé sans autorisation de travail, le requérant ayant pourtant besoin d'une telle autorisation pour s'inscrire en alternance.

Par un second mémoire en défense enregistré le 16 juin 2025, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que le requérant a été mis en possession d'un récépissé valable du 16 juin 2025 au 15 septembre 2025, en attendant que soit fabriquée sa carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable du 10 juin 2025 au 9 juin 2026.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées visant à la suspension de la décision attaquée au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () "

2. Sur le fondement de ces dispositions, M. B, ressortissant congolais (RDC) né le 1er mai 2003, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en France par demande en date du 14 juin 2024, et a fait l'objet d'une décision implicite de refus de délivrance de titre de séjour du préfet de police née 14 octobre 2024. Par la présente requête, il demande la suspension de cette décision. Toutefois, à la suite de l'introduction de sa requête, le préfet de police lui a délivré un récépissé valable du 16 juin 2025 au 15 septembre 2025 dans l'attente de la fabrication de sa carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " qui sera valable jusqu'au 9 juin 2026.

3. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension de la décision attaquée et de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle, ces conclusions étant devenues sans objet.

Sur le maintien des conclusions visant à la délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail :

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ". En outre, l'article R. 431-14 du même code dispose " est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : [] 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 ; / 4° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 426-13, à condition que son titulaire séjourne en France depuis au moins un an ".

5. Si M. B maintient ses conclusions après sa convocation en préfecture en soutenant qu'il aurait dû se voir délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, il résulte des dispositions précitées que le récépissé délivré au titre d'une demande de carte de séjour " vie privée et familiale " fondée sur l'article L. 435-1 du même code n'ouvre pas droit à la délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail. L'intéressé pourra toutefois justifier auprès de son employeur de la décision de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler.

6. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions de M. B visant à ce qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer un récépissé autorisant à travailler, qui n'étaient d'ailleurs présentées que subsidiairement dans le cadre d'une demande d'injonction de réexamen de sa demande.

Sur les frais de l'instance :

7. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

8. M. B étant admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se fonder sur l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Céline Pigot, conseil de M. B, de la somme de 1 500 euros en application desdites dispositions, sous réserve du renoncement de Me Pigot au bénéfice de la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension d'exécution et d'injonction de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle de M. B.

Article 3 : Les conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler sont rejetées.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Pigot sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Pigot à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Pigot et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 18 juin 2025.

Le juge des référés,

L. GROS

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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